« 7 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 129-130], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12248, page consultée le 25 janvier 2026.
7 novembre [1845], vendredi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon petit Toto chéri, comment
vas-tu ce matin et comment m’aimes-tu ? Moi je vais bien et je vous aime
de tout mon cœur. Cela ne m’a pas empêchée de pleurer toute la nuit en
rêve sur vos INFAMIES. J’espère que vous êtes le contraire dans la
réalité, que vous êtes un petit saint homme
bien fidèle et bien loyal et que vous n’aimez que moi. Si je ne le
croyais pas, je vous tuerais tout de suite sans le moindre remords.
Mon petit bien-aimé, il faut m’apporter ton second volume aujourd’hui
pour que je le copie pendant que je suis en train. Il faut profiter de
mon ardeur pour le TRAVAIL pendant que j’en ai, ce qui ne m’arrive pas
toujours quand ce ne sont pas des choses de vous que j’ai à copier.
Cependant, comme je sens que tu peux avoir besoin de ces notes, je te
les ferai avec bonheur. J’enverrai Eulalie après le déjeuner au Mont-de-Piété pour
renouvelera la
reconnaissance. En même temps elle renouvellera la provision de
merceries qui est épuisée. Il le faut d’ailleurs pour faire tes
caleçonsb. Et
puis si tu peux, tu me donneras ma robe, car pour l’expédient que tu as
trouvé, il est impraticable en conscience. Si
tu ne peux pas absolument me la donner, je resterai chez moi tout
l’hiver et je ne t’en parlerai plus. De ton côté, il ne faudra pas non
plus me parler de sortir jamais. Je te dis cela, mon Victor, sans la
moindre amertume et sans arrière-pensée. Prends-le en bonne part et sois
sûr que d’une façon ou de l’autre, je serai contente, pourvu que tu le sois.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je vous aime, je vous baise, je vous attends, je vous désire et
je vous adore.
Juliette
a « renouveller ».
b « tes calçons ».
« 7 novembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 131-132], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12248, page consultée le 25 janvier 2026.
7 novembre [1845], vendredi soir, 5 h.
Vous n’avez pas voulu croire à la sincérité de ma proposition. Eh bien !
tant pis pour vous, je renonce à mon sacrifice digne des temps les plus
antiques et je me lâche la robe de popeline dans toute sa splendeur.
Cela vous apprendra une autre fois à ne pas méconnaître les générosités
les plus montyomiennesa1. Avec tout ça, vous venez le moins
que vous pouvez. Si vous osiez, il est probable que vous ne viendriez
pas du tout, mais vous ne l’osez pas et vous avez raison parce que vous
savez bien que j’irais vous chercher n’importe où vous seriez et que je
vous ficherais des coups n’importe devant qui. Vous le savez et vous ne
vous y exposez que tout juste pour éviter les coups de bâton, mais
prenez garde à vous.
Eulalie a rapportéb toutes les
merceries nécessaires pour tes caleçonsc. La reconnaissance a coûté [illis.]. Bref, je
dois encore à Suzanne [9 ?] francs, [13 ?] sous. Voilà où j’en
suis de mes fonds. Demain j’aurai la semaine d’Eulalie à payer. Je ne
devrais pas te dire cela dans ce moment-ci, mais je ne sais rien garder
pour moi comme tu sais. Baise-moi, mon Victor ravissant, et aime-moi
pour l’adoration exclusive que j’ai pour toi. Je t’attends. J’espère que
tu viendras avant ton dîner. Je t’ai si peu vu tantôt que cela ne peut
pas compter pour une fois. Il faut absolument que tu viennes tout à
l’heure si tu ne veux pas que je sois une pauvre Juju triste et
malheureuse. En attendant, je fais ce que je peux pour conserver ma belle humeur et pour te sourire en espérance.
Mais je sens qu’il est temps que tu viennes bien vite pour ne pas rendre
mes efforts inutiles. Mon petit Toto chéri, je t’attends et je t’aime de
toutes mes forces.
Juliette
1 Référence au Prix Montyon crée par Jean-Baptiste Antoine Auget, baron de Montyon. À partir de 1780, il fonda divers prix annuels, tout en restant anonyme, dans différents domaines, entre autres : expériences utiles aux arts (1780), ouvrage littéraire le plus utile à la société (1782), acte de vertu fait par un français pauvre (1783), question de médecine utile (1787). Plus tard, il laissa le soin à l’Académie des Sciences et à l’Académie française de décerner les différents prix Montyon, le plus reconnu étant le prix de vertu.
a « monthyomiennes ».
b « à rapporter ».
c « tes calçons ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
