« 9 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 269-270], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11632, page consultée le 01 mai 2026.
9 mars [1844], samedi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour mon cher amour bien aimé, comment vaa ton rhume ce matin ? Je t’écris levée, mon
adoréb, toutes mes fenêtres
ouvertes avec le plus beau soleil du monde. La raison de ce matinal bonjour c’est
que
je veux prendre un bain avant le déjeuner. Voilà longtemps déjà que je remets cette
petite cérémonie, aujourd’hui je me suis enfin décidée. Quelle ravissante matinée
de
printemps, mon cher adoré, et quel bonheur ce serait que de rouler ensemble dans un
bon petit cabriolet vers un bon petit déjeuner égayé d’une bonne petite bourrée.
Hélas ! Mon Dieu, nous sommes loin de ce ravissant souvenir, qui sait même s’il
reviendra jamais à l’état de réalité.
Je sais qu’il ne faut pas tenter Dieu par
le doute et la défiance mais dans le cœur je suis triste malgré que j’en aie. Jour Toto, jour mon cher petit o, j’espère que ce beau temps va achever de guérir ton rhume. Cependant, il ne
faut pas lui laisser faire toute la besogne, il faut venir bien vite boire de la
tisanec et baigner tes beaux yeux,
à moins que vous n’ayez peur de me surprendre au bain comme le vieillard de la
Bible1. Voime, voime Toto a très peur de compromettre la chasteté de Juju.
Juliette
1 Référence à la Bible et précisément au « Livre de Daniel », chapitre treize, où Suzanne, jeune femme vertueuse, est épiée par deux vieillards pendant qu’elle prend son bain.
a « vas ».
b « adorée ».
c « tisanne ».
« 9 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 271-272], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11632, page consultée le 01 mai 2026.
9 mars [1844], samedi soir, 7 h. ½
Voici l’heure passée, mon adoré, et tu n’es pas venu. Que faut-il que je pense ?
Est-ce que tu m’oublies ou est-ce que tu as eu des empêchements indépendants de ta
volonté ? Je suis toute disposée à te pardonner s’il n’y a rien de ta faute, mais
que
devienta le rhume dans tout cela
et comment se conduit-il ? Je t’avais fait de la tisaneb nouvelle, il y en a près du feu qui chauffe depuis tantôt mais
ma précaution aura été inutile. Enfin, c’est bien triste de te savoir souffrant sans
pouvoir te soulager, de t’aimer sans pouvoir te le montrer.
Mme Luthereau est
venue tantôt avec une nouvelle pétition pour une nouvelle demande à un nouveau
ministre. Elle espère que tu ne refuseras pas de l’apostiller tout en reconnaissant
d’avance qu’elle abuse de la pétition et de ton ineffable bonté1. Ces pauvres gens, c’est pour leur avenir et j’espère que cette
considération suffira pour te faire passer par- dessus la répugnance bien naturelle
que tu as pour ce genre de ressources. Clairette est arrivée à la nuit close, elle venait de chez son père,
c’est Lanvin qui l’y a conduite. Elle se
porte bien, aux maux de tête près. Mais mon Dieu, à quoi sert de t’écrire toutes ces
choses puisque je te les dirai ce soir ? Ce que j’ai à te dire c’est que je t’aime
et
que je ne t’ai pas vu et que je suis tourmentée et triste.
Juliette
1 Victor Hugo a accepté « d’apostiller » une pétition en faveur des Luthereau. À préciser.
a « deviens ».
b « tisanne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
