« 2 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 5-6], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11524, page consultée le 24 janvier 2026.
2 novembre [1843], jeudi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, comment va ton épaule ce matin ? Je n’ose pas
espérer qu’elle ira mieux avec l’horrible temps qu’il fait. Il est même probable que
nous hasarderons le sinapismea ce
soir. Je suis toute prête et quoique je n’aime pas ce genre de remède je sens bien
qu’il faut que tu te débarrasses de ta douleur. D’ailleurs les accidents que je
redoute n’arrivent pas en fait tellement et M Louis est très prudent. Ainsi, mon cher petit homme, si tu n’es pas
mieux ce soir, je te sinapiseraib. Ce mauvais temps m’a donné mal à la tête mais ça m’est
égal, à moi, j’ai le temps de souffrir, je n’ai même que ça à faire puisque tu ne
veux
plus me donner une occupation plus agréable.
J’ai hâte que tous les tapissiers et
tous les Lanvin qui redorent et réparent tes
appartements aient fini. Alors j’aurai le droit de te tourmenter et de me tourmenter
si tu ne viens pas déjeuner avec moi tous les jours. En attendant, j’attends, ce qui n’est pas très drôle.
Je vais tâcher aujourd’hui de voir mon menuisier et de le faire terminer ces espèces
de cadres. Je chercherai le compte de Granger. Encore une journée d’arias1 mais il est vrai que je n’aurais rien à faire si je ne les avais
pas. Voime, voime, mais j’aimerais mieux faire ma
cheminée et vos manuscrits. Il faudra enfin que je m’y mette une bonne fois. Si je
vois la mère Lanvin je la chargerai de faire
nettoyer les rideaux de portes, puis après la première paire, la seconde et quand
ce
sera fait nous verrons s’il y a moyen de faire notre petit arrangement.
Tâche de
venir bientôt mon cher amour, que je sache comment tu vas. Je t’aime mon Victor
bien-aimé. Je t’aime, entends-tu ?
Juliette
1 Arias : tracas, occupations.
a « cinapisme ».
b « cinapiserai ».
« 2 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 7-8], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11524, page consultée le 24 janvier 2026.
2 novembre [1843], jeudi soir, 6 h. ¾
Tu viens de t’en aller, ma joie, ma vie, mon âme, et déjà je te regrette, je
t’attends et je te désire. Je te vois si peu, en somme, que je passe ma vie à
t’attendre et à te regretter. Pauvre ange bien-aimé, pense à moi et tâche de revenir
bientôt.
Prends garde au brouillard ce soir. C’est surtout lui qu’il faut éviter
pour le genre de douleur que tu éprouves. Il faut que tu aies ce petit soin. Petit soin, c’est bien facile à dire pour ceux qui n’ont rien
dans la tête et rien à faire qu’à cracher sur leurs tisons comme moi par exemple.
Eh !
bien mon cher adoré, il faut tâcher de faire effort sur ta préoccupation et te
préserver de toute humidité dans cette saison surtout. Tu as autant besoin de soins
et
de ménagements que ton cher petit Toto.
Je regrette de n’avoir pas pensé à te
dire de m’envoyer Lanvin ce soir, au cas où
tu l’aurais trouvé encore chez toi. Il aurait emporté les cadres tout de suite et
il
s’en serait occupé, sinon demain, vendredi, au moins samedi
dans la journée. C’est un petit malheur après tout et puisqu’ils ne peuvent pas être
accrochés pour l’arrivée de Claire, peu
importe un jour ou deux de retard. Si nous pouvons avoir assez de perse1 je
crois que notre petit cabinet sera très gentil. En attendant, je fais le menuisier,
le
colleur de papier, le peintre et l’apothicaire. Je voudrais bien pouvoir faire la
jolie femme. Hélas !....... à l’impossible nul n’est tenu, je m’en aperçois que de
reste. Mais je vous aime d’autant plus que je suis hideuse. J’espère que vous n’avez
pas à vous plaindre de mon amour à ce compte-là. Mais je serais la plus belle de tout
l’univers que je vous aimerais la même chose.
Juliette
1 Perse : toile d’ameublement glacée, peinte puis imprimée.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
