7 janvier 1843

« 7 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 21-22], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.144, page consultée le 23 janvier 2026.

Mon Dieu que c’est triste de te voir triste, mon adoré, et combien je suis malheureuse de ne pouvoir pas t’ôter tous les affreux soucis qui t’assiègent dans ce moment-ci. J’espérais que cette année nous affranchirait à tout jamais de tous les ennuis et de tous les tourments de la précédente et voilà qu’au contraire, à peine est-elle commencée qu’elle nous en montre de toutes les couleurs. Je conserve pourtant encore quelque confiance en elle et j’espère qu’elle ne sera pas aussi méchante pour nous qu’elle veut le paraître en commençant. D’abord notre cher petit Toto va se dépêcher d’expectorer son rhume et qu’il n’en soit plus question d’ici à une huitaine de jours. Quant aux autres tracasseries, le bon Dieu y pourvoiraa. Le principal est que ce cher petit soit hors d’affaire encore une fois.
J’ai étrenné mon année ce matin avec vous, il était bientôt temps, j’espère. Enfin c’est fait. Il faut espérer que pour l’avoir été tard (étrennée), elle n’en sera que meilleure tout le reste. Il faut un peu se confier au bon Dieu car je crois que la défiance appelle le malheur.
J’ai un mal de tête excessif, il faut tout mon courage pour y résister comme je le fais. Si je ne luttais pas de toutes mes forces, je tomberais terrassée par lui. Cela tient à ce vilain temps pourri probablement. D’ailleurs c’est là mon infirmitéb été comme hiver et réciproquement. J’ai 25 jours par mois d’affreux maux de tête. Il faut vivre avec son ennemi, dit-on, mais c’est une vilaine compagnie que le mien.
Pauvre ange, je me plains à toi d’un petit bobo, en somme, pendant que tu es en proie à de véritables inquiétudes. Cela n’a pas le sens commun. Je te demande pardon, mon adoré, de te conter mes doléances tandis que tu as l’esprit et le cœur tout remplis de tristesse. Pardonne-moi mon cher amour, je suis une vieille bête.
Reviens bien vite sécher tes chers petits pieds et te reposer auprès de moi, mon pauvre amour. Je t’aime de toute mon âme. Tu le sais bien, n’est-ce pas ? Tu sais bien que je donnerais ma vie pour toi et pour tous ceux que tu aimes ? Tu le sais, n’est-ce pas mon adoré, parce que c’est bien vrai !

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « pourvoiera ».

b « infirmitée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.