« 26 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 203-204], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10383, page consultée le 07 août 2026.
26 décembre [1839], jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon petit homme. Je suis plus matinale qu’à
l’ordinaire aujourd’hui, c’est que j’ai un peu mieux dormi que ces jours derniers
et
puis tu n’étais pas dans mon dodo pour me le faire trouver bon et pour m’y
[dodiner ?] jusqu’au soir, aussi je me suis levée tout de suite pour
regarder mon armoire qui ne fait pas moins bien le jour que la nuit ; vraiment loin
d’être une acquisition médiocre, c’en est une très bonne et dont je suis ravie pour
nous deux.
Donne-moi tes petites mains que je les baise, donne-moi tes petits
pieds que je les réchauffe, donne-moi ta belle bouche que je la mange, donne-moi tes
beaux yeux que je les adore, donne-moi ton bon petit cœur que je m’y enfonce et que
je
n’en sorte plus jamais. Jour Toto. Je t’aime,
Toto. Je voudrais que ce hideux bottier1 vienne aujourd’hui. Je suis
tourmentée et mal à l’aise de te savoir dans des bottes percées de ce temps-ci. S’il
n’est pas venu tantôt, et si tu veux, j’enverrai le bonne savoir ce que ça veut dire
car il est souvent malade. Dans tous les cas, il faut absolument qu’on sache à quoi
s’en tenir car il est impossible que [j’]attende plus longtemps.
J’enverrai aussi tantôt chez le serrurier. Tu serais bien bon et bien i, mon amour, si tu venais me voir et m’embrasser tout à l’heure, j’ai faim et
soif de toi, et je commence ma journée de bonne heure. Tâche de venir, mon adoré.
Encore du vilain temps aujourd’hui. Mon Dieu quel affreux hiver. Toujours de la pluie,
toujours de la boue, toujours, toujours, c’est vraiment triste et ennuyeuxa. Baise-moi et aime-moi. Je t’aime et
je t’adore, moi.
Juliette
a « ennuieux ».
« 26 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 205-206], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10383, page consultée le 07 août 2026.
26 décembre [1839], jeudi soir, 4 h ¼
Je t’attends, mon bon petit homme. Je t’aime, mon Toto. Je suis furieuse contre le
bottier : il n’est pas encore venu et peut-être ne viendra-t-il pas aujourd’hui ;
je
ne veux pas envoyer la bonne auparavant de t’en avoir prévenu. J’ai vu Jourdain tantôt qui venait demander de l’argent sous
prétexte que c’est au comptant que nous le faisons
travailler. Je l’ai remis nonobstant à la fin de janvier à cause du loyer, des
reconnaissances et enfin du jour de l’an qui fera aussi chez moi sa petite brèche
quelles que soienta l’économie
et l’attention que j’y apporterai. J’ai vu tantôt le serrurier : nous n’aurons nos
clefs que demain, ce sera 2 francs pour les deux, plus les
deux boutons. Je l’ai en outre chargé de voir s’il n’aurait pas 2 garnitures de clefs dans ses ferrailles qui puissentb aller à nos deux armoires. Il a dit
qu’il verrait. Quant à la mienne, de garniture, j’en ai deux mais elles sont
immensesc et de plus magnifiques
et ne peuvent pas servir à nos armoires. Ce serait ravissant pour des portes. Mon
Dieu
que je voudrais te voir, mon adoré. La journée me paraît si longue sans toi. Ce n’est
pas que je sois inoccupéed, mon
adoré, bien loin de là, mais l’ouvrage des mains n’occupe pas le cœur et le mien est
tout entier au besoin de te voir. Si tu savais comme je t’aime, mon amour, tu
comprendrais mon impatience et ma tristesse en ton absence. Je t’aime, mon Toto chéri.
J’ai bien travaillée depuis le
matin, je m’étais levée de bonne heure exprès. Jour, Toto. Papa est bien i. Jour onjour.
Je suis furieuse contre
le Dabat, que le diable l’emporte et
préserve de l’humidité tes chers petits pieds.
Juliette
a « quelque soit ».
b « puisse ».
c « immense ».
d « innocupée ».
e « travailler ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
