« 8 mai 1870 » [source : BnF, Mss, NAF 16391, f. 127], transcr. Jean-Christophe Héricher, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10284, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 8 mai [18]70, dimanche matin, 6 h. ½
Brouujour, mon cher bien-aimé, quel ciel, quel temps, quel froid, quel rack ! Tu ferais bien de te tenir clos et couvert le plus que tu pourras ce matin si tu ne veux pas avoir à compter avec ta sciatique. J’en sais quelque chose, moi, qui ai passé la nuit à jongler avec des douleurs insupportables. Tu as pu en juger un peu hier soir par l’état où je me trouvais en revenant de la promenade, pourtant bien trop courte, que nous venions de faire. Je ne suis pas beaucoup plus vaillante ce matin mais j’espère remonter sur ma bête d’ici à tantôt et pouvoir te faire une mine moins piteuse que celle d’hier. Je suis bien contente que ton foudroyant manifeste1 ait paru et qu’il ait été si bien compris et si bien accueilli, même parmi les infirmes de la Presse, comme Le Journal des Débats2. C’est une saine et puissante diversion au complot naïf, autant que policier, qui occupe les bourgeois poltrons et ineptes de la France, en ce moment-ci. Je te dis tout cela comme en revenant de Pontoise3 et parce que je t’admire et je t’adore.
1 Le texte de Hugo contre le plébiscite est paru dans Le Rappel le 5 mai.
2 Journal bonapartiste où Jules Janin est critique.
3 L’expression signifie « comme quelqu’un qui l’ignorait » ou ici « qui en est le premier surpris ». Cf. Charles Nisard, Curiosités de l’étymologie française avec l’explication de quelques proverbes et dictons populaires, L. Hachette et Compagnie, Paris, 1863, p. 200-205. On trouve deux explications à cette expression : soit qu’au XVIIe siècle suite à une grave épidémie, il fallait un certificat de bonne santé pour entrer ou revenir à Pontoise, soit que sous les règnes de Louis XIV, du Régent d’Orléans, et de Louis XV, le Parlement de Paris avait été envoyé à Pontoise avec interdiction d’en sortir.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent en France après la chute de l’Empire, et connaissent les rigueurs du siège de Paris.
- 2 févrierReprise de Lucrèce Borgia.
- 10 aoûtArrivée de Louis Koch à Guernesey.
- 15 aoûtJuliette Drouet, Victor Hugo, Charles Hugo, sa femme Alice et leurs enfants quittent Guernesey pour Bruxelles.
- 5 septembreJuliette Drouet et Victor Hugo rentrent en France, à Paris. Hugo loge chez les Meurice, 5 rue Frochot.
- 26 septembreJuliette s’installe au pavillon de Rohan, 172 rue de Rivoli, où loge déjà Charles Hugo.
- 20 octobreLes Châtiments (nouvelle édition augmentée) paraissent en France.
