« 24 janvier 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 24], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12984, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 24 janvier [18]64, dimanche après-midi, 5 h. ½
Je t’attends sous les armes, mon cher petit bien-aimé, et je mets le temps à profit
pour moi en te griffouillant ma restitus. J’ai donné congé à mes servardes sous
prétexte de salade mais en réalité pour leur faire prendre un peu de soleil et de
distraction dont elles ont besoin autant que nous. Elles doivent nous retrouver sur
le
chemin de la chapelle Morley si tu viens assez à temps pour cela, ce qui n’est rien
moins que sûr à cause de tes nombreux chiens à fouetter. Quant à moi je me contente
d’être prête et de t’aimer à poste fixe, de regarder le soleil sur mon gazon et
d’écouter un joli petit rouge-gorge appelant le printemps et fredonnant l’amour.
3 h. ¾. Je m’étais trompée en croyant ces demoiselles rentrées, mon cher petit homme,
ce qui fait que je me suis trouvée toute penaude à ma porte. Je m’étais décidée à
remonter lentement à leur rencontre lorsque j’ai aperçu ta Marie1
sortir de chez toi en GRANDE TOILETTE de vêpres. Sans égard pour sa dévotion je lui
ai
fait signe de venir et je l’ai gardée un grand quart d’heure pour me TENIR COMPAGNIE.
Cependant, voyant qu’elle commençait à s’inquiéter je l’ai renvoyée à ses oremus2 puis je me suis dirigée du côté de Georges Road mais j’avais à
peine fait vingt pas que le pifa de
Suzanne m’est apparu3 et j’ai pu
rentrer chez moi d’où je t’écris cet incident intéressant. Cher cher adoré, toutes
ces
billevesées, tous ces riens, toutes ces niaiseries dont je bourre mes restitus sont autant de cachettes où je loge mon amour, mes tendresses et mes baisers.
Prends-les comme je te les donne et rends m’en un peu des tiens.
J.
1 Marie Sixty, domestique de Hugo.
2 Oremus : prière (en latin : oremus signifie « prions »). La bigoterie ostensible de Marie est un sujet d’attendrissement ou d’agacement pour Juliette.
3 Le « piffe » de Suzanne est l’objet de nombreuses plaisanteries entre Victor Hugo et Juliette Drouet, tant dans les lettres que dans les dessins.
a « piffe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
