« 25 janvier 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 17-18], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4845, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 25 janvier 1858, lundi soir, 4 h. ½
Je t’aime mon Victor, je t’aime plus que jamais, grâce à ces douloureux coups de pioche qui viennent de labourer mon pauvre cœur si cruellement et qui ont fait refleurir mon amour de toutes les splendides fleurs de la confiance, de l’espérance et du bonheur plus vivaces encore qu’auparavant. Aujourd’hui, ce n’est plus l’hiver, ce n’est plus le froid, ce n’est plus la tristesse de la saison et de nos années, c’est le printemps, c’est le soleil, c’est la joie de mon âme rajeunie dans l’amour. Je t’ai fait bien souffrir, mon pauvre adoré, pardonne-le moi car je souffrais mille fois plus encore que tu ne souffrais. Quand je crois que tu doutes de moi, de ma chasteté, de mon amour, je deviens folle et capable de tous les excès d’un désespoir sans borne. Pardonne-moi, mon pauvre trop aimé et ne doute plus jamais de moi. Doute de tout, même de toi et de Dieu mais ne doute jamais de mon amour1 Il me semble que j’ai vingt-cinq ans de moins et que je t’aime seulement depuis hier tant je suis heureuse, jeune, belle, et aimée, oh ? Oui, bien-aimé, n’est-ce pas ? Depuis hier, je suis inondée d’une joie ineffable comme si déjà nos deux âmes étaient légitimement mariées au ciel pour l’éternité. Sois béni, mon grand bien-aimé, de m’avoir rendu le paradis que je croyais perdu à tout jamais, sois heureux en tout ce que tu aimes. Moi, je t’adore à genoux. Juliette
1 Hamlet envoie un poème à Ophélie qui dit : « Doute que les astres soient de flamme ; / Doute que le soleil se meuve ; / Doute que la vérité soit la vérité, / Mais ne doute jamais de mon amour ! ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
