25 avril 1849

« 25 avril 1849 » [source : Collection particulière ], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4178, page consultée le 27 janvier 2026.

Je ne sais pas pourquoi tu t’obstines à recevoir deux affreux gribouillis de moi tous les jours, mon pauvre bien-aimé, et il faut avouer que si c’est par bonté et par respect humain, tu pousses trop loin la patience et le dévouement. À ta place, mon adoré, je serais plus simple et moins héroïque et je me dirais tout bonnement que je t’embête, ce que je n’aurais pas de peine à croire et ce que je me tiendrais pour dit une fois pour toutes. Du reste c’est comme un fait exprès, je n’ai jamais été plus bête qu’à présent. Je ne sais pas si c’est l’effet du printemps mais le fait est que je ferais hausser les épaules de pitié à des hannetons. Je me rends bien compte de cela sans pouvoir l’empêcher, ce qui redouble, je crois, ma stupidité et mon ineptie. J’aurais besoin décidément de me retremper dans un peu d’amour et de bonheur et de prendre un peu de TONIQUE. Malheureusement cela ne dépend pas de moi, ce qui fait que je ne suis pas prête à me guérir de l’affreuse maladie que j’ai. Encore si je pouvais mettre un chat à la place de mon esprit envolé ce ne serait que demi mal. Mais je n’ai ni chat ni chatte à mettre à la place, ce qui n’est pas gai, tant s’en faut. Voyons mon Toto, un peu de courage… où vous voudrez pourvu que cela me rapporte un peu de joie en guise de profit. Pour commencer venez dîner avec moi. Le reste viendra quand il pourra. Vous voyez que je ne suis pourtant pas bien exigeante. Cela devrait vous encourager. Je vous assure que vous n’en aurez pas de regret quand vous verrez le bien que cela me fera. En attendant, vous êtes mon petit homme adoré que je baise et que je désire comme au bon temps de nos belles amours. Je vous attends et je vous aime.


« 25 avril 1849 » [source : Collection Claude de Flers (juin 2013)], transcr. Florence Naugrette et Evelyn Blewer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4178, page consultée le 27 janvier 2026.

Bonsoir, homme héroïque, bonsoir, courageux représentant, bonsoir. Seulement tâchez de ne pas me calomnier à la tribune parce que je vous réponds que je répondrai à cette liberté par une autre plus pommée encore et qui mettra à néant votre INVIOLABILITÉ dont je me fiche dès à présent. Je n’ai pas voulu me coucher sans vous dire cela entre quatre pages en attendant que je vous le dise entre quatre ZIEUX. Je me fiche de vous et des 899 autres que vous êtes et de votre constitution et je tire le nez à la République et je fais figue à la liberté. Vous êtes un gouvernement de Jocrisses, vous en avez la couleur et la queue, voirec même les papillons blancs en papier que le socialisme et autres macairismes1 vous accrochent au chapeau avec des fils d’archal2, voilà ce que vous êtes, mais vous avez la liberté de la tribune et le droit de répéter les coups de pied au cul préalables qu’on vous prodigue avec le plus vif et le plus touchant enthousiasme. Ah ! c’est un beau spectacle à ravir la pensée que la Chambre ainsi faite3 avec ces neuf cents braillards inviolables plus ou moins décorés. Je ne m’étonne plus si [Jona ?]4 Bull se cotise en masse et en détail pour venir admirer toutes ces beautés nationales et représentantes du plus grand peuple de l’univers. Voime, voime, il y a de quoi. À votre place je leur en ferais payer la vue très cher. Jouissez de vos droits superbes, mon amour, mais prenez [garde] aux représailles. La Juju est féroce, c’est là son moindre défaut. Aussi, prenez garde à vous. Je ne vous dis que cela pour le quart d’heure. Baisez-moi comme si de rien n’était et venez me chercher le plus tôt possible demain. Je vous attends, je vous adore pour mieux [illis.]

Juliette


Notes

1 Macairisme : cynisme, malhonnêteté. Mot formé sur le nom de Robert Macaire, personnage populaire d’escroc dans le mélodrame L’Auberge des Adrets (1823), auquel le créateur du rôle, Frédérick Lemaître, donna une suite en 1834, Robert Macaire.

2 Sorte de fil de fer.

3 Citation d’Hernani, acte IV, scène 2 : « Ah ! c’est un beau spectacle à ravir la pensée / Que l’Europe ainsi faite et comme il l’a laissée ».

4 Si on lit bien « Jona », il s’agirait d’une féminisation de John Bull, personnification de l’Angleterre. Juliette Drouet désignerait alors les Anglaises venant admirer les 900 représentants du peuple français braillards.

Notes manuscriptologiques

a Le millésime « 1849 » est ajouté d’une autre main.

b « Mercredi », ajouté d’une autre main, corrige « mardi ».

c « voir ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.

  • 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
  • AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
  • 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.