« 18 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 375-376], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5042, page consultée le 05 mai 2026.
18 décembre [1848], lundi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, avec le rayon de soleil qui monte, avec le chant des
petits oiseaux qui jouent sur mes fenêtres, bonjour, avec mon cœur et avec mon âme,
bonjour. Tu n’es pas revenu hier au soir, tu auras eu du monde ou tu auras été
occupé ? Mais si tu as pensé à moi, si tu m’as désirée et si tu m’as aimée, je n’ai
pas le droit de me plaindre et je suis moins malheureuse que je le crois. Mais qui
me
dira cela et surtout qui me le prouvera ? Là est la
difficulté et elle n’est pas mince. Cependant, pour n’avoir rien à me reprocher, je
mets ma crédulité au service de ton amour et je suis toute prête à croire ce que tu
me
diras à ce sujet.
Aujourd’hui va être encore une journée bien longue, bien vide
et bien triste puisque je ne te verrai pas avant ce soir.
Je voudrais déjà que ce
matin fût ce soir et qu’au lieu de te gribouiller des doléances sans queues ni têtes,
j’en sois à te donner des bons baisers à têtes et à queues sans y regarder à deux
fois
pour savoir de quel côté je les donne ou tu les reçois. Et à ce propos, je vous dirai
que je vous attends de pied ferme ce soir et quand vous voudrez pour toute espèce
de
combat à la hachea et à l’arme
blanche et dans mon champ-clos avec vos yeux et les mains pour témoins. Le cri de
guerre sera : Quel bonheur ! Le cri de mort : Je t’adore !!
Juliette
a « l’ache ».
« 18 décembre 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 377-378], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5042, page consultée le 05 mai 2026.
18 décembre [1848], lundi après-midi, 1 h. ¾
Puisqu’il paraît avéré que je ne pourrai pas te voir avant ce soir, mon bien-aimé, je vais profiter de ce maussade après-dînera pour me peigner à fond et pour prendre un bain. Je vais même me hâter pour être rentrée chez moi avant l’heure où l’Assemblée finit. J’aurais bien désiré que tu passes venir me voir avant d’aller déjeuner. Le temps ne m’aurait pas paru si long et si ennuyeux mais j’ai bien compris que ton Charlot ne perdrait pas l’occasion de faire la route avec son grand père et j’ai dû me résigner à mon malheureux sort en murmurant, en murmurant. D’autant plus murmurant que la journée est une des plus charmantes qui se puisse voir, du moins quant au ciel et à la température. On se croirait aux plus beaux jours du printemps et les oiseaux eux-mêmes s’y trompent. Ils se poursuivent et se font l’amour avec toutes sortes de babillages joyeux qui font battre le cœur. SI NOUS FAISIONS COMME EUX ? Quant à moi je suis toute prête. Tu n’as qu’à essayer et tu verras si j’ai oublié ma réplique : piou, piou, piou, …. Quel bonheur !!!!! Pensez à moi, mon cher petit goinfre et aimez-moi à mort. Je le veux.
Juliette
a « cette maussade après-midi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
