« 5 novembre 1847 » [source : MVH, α 7994], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4399, page consultée le 06 août 2026.
5 novembre [1847], vendredi matin, 8 h. ¼
Bonjour, mon Victor, bonjour, mon sublime piocheur, bonjour, mon pauvre amour, bonjour, comment vas-tu ? Est-ce que tu n’es pas rentré te coucher tout de suite cette nuit ? Cependant tu devais considérer la journée comme finie, tu en avais bien le droit. Cher bien-aimé, je ne sais pas comment tu peux tenir à ce travail si opiniâtre. Et cependant, en apparence, ta santé n’a pas l’air de s’en sentira. Jamais tu n’as été plus jeune, plus beau, plus gai, plus doux et plus charmant qu’à présent. On dirait que toutes ces journées de fatigue sont autant de bains de jouvence pour ta chère petite personne. C’est ici le cas de regretter de ne savoir pas assez écrire pour essayer du moyen sur moi-même. Avec quelle ardeur je m’y mettrais tout de suite, dussé-je ne pouvoir faire que la moitié du chemin et ne vous rattraperb qu’à moitié. Ça serait déjà bien gentil et je m’en contenterais. Hélas ! l’argent me manque1 et le reste aussi. Il faut que je me résigne à reconnaître votre supériorité en tout genre et votre jeunesse rétrospective. Je crois que je ne m’en acquitte pas trop mal, hein, qu’en dites-vous ? Mais ce dont je m’acquitte tous les jours mieux, c’est de vous aimer de toutes mes forces et de toute mon âme.
Juliette
1 Exclamation reprise à Don César de Bazan (Ruy Blas, acte IV, scène 2).
a Pour « ressentir ».
b « rattrapper ».
« 5 novembre 1847 » [source : MVH, α 7995], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4399, page consultée le 06 août 2026.
5 novembre [1847], vendredi midi
Je pense à toi avec ravissement, mon Toto, je t’aime d’un amour admiratif et passionné
qui tient de l’adoration. Je t’aime comme une femme et comme une sainte. Tu es pour
moi le plus
beau des hommes et le plus doux et le meilleur des bons Dieux. Je t’adore. Si je me
laissais aller à te dire tout ce que j’ai dans le cœur de tendresse respectueuse et
d’adoration
familière, je n’en finirais pas et tu pourrais t’en lasser. Je m’arrête, à mon grand
regret, et je reprends terre pour te laisser reposer un peu, me réservant de recommencer
tous les
jours un peu.
J’ai reçu hier une lettre assez inquiétante de cette pauvre Mme Luthereau, qui m’annonce que la
société d’exploitation pour laquelle travaillait son mari va être dissoute pour cause
de mauvaises affaires ; et elle ne sait pas encore si elle se reconstituera et si
son mari y sera
conservé. Tu penses que cet incident, à l’entrée de l’hiver, n’est pas fait pour la
tranquilliser. Aussi la pauvre femme est-elle fort tourmentée. Quant à moi, cela me
fait beaucoup de
peine parce que je l’aime sincèrement. Cependant j’espère que le courage et l’intelligence
de son mari triompheront de tous ces obstacles et qu’il réussira toujours à gagner
le
nécessaire de la vie. Je te raconte tout cela parce que je sais que tu t’intéresses
à eux et parce que je connais ton ineffablea et
inépuisable bonté.
Juliette
a « inneffable ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
