27 juin 1837

« 27 juin 1837 » [source : Collection Claude de Flers (juin 2013)], transcr. Florence Naugrette et Evelyn Blewer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4175, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour je t’aime. Une fois ce mot lâché, je devrais me taire, n’ayant plus rien dans mon bissac qui vaille la peine d’être exhibé. Je suis triste, ce n’est pas bien intéressant. J’ai le plus grand besoin de te voir un peu plus de cinqminutes à la fois. Mais tu ne le peux pas, et puis tout cela est contenu dans je t’aime. Ainsi tout ce que je dis en plus n’est que du rabâchage bête. Tu devrais donc bien permettre que j’écrive ce seul mot je t’aime dans toute l’étendue de mon papier. Ça te fatiguerait moins les yeux et tu en saurais tout autant de mon pauvre cœur.
Au moment de mettre ma lettre en son lieu d’attente je m’aperçois que les autres ont été oubliées dédaigneusement1. Pauvres lettres, elles ont le même sort que leur auteur : c’est quand on n’a rien de mieux à faire qu’on y pense, ce qui n’arrive pas souvent. Voilà un petit incident qui neb me rendra pas le cœur plus gai tout le reste de la journée. Je commence à sentir que je bois. Je ne tarderai plus longtemps, je l’espère, à me noyerc, ce qui sera bien heureux pour tous les deux. AMEN.

Jujulina


Notes

1 Juliette Drouet, à cette époque, ne poste pas ses lettres : elle les dépose chez elle dans une boîte dédiée à cet effet, où Hugo les relève quand il vient la voir.

Notes manuscriptologiques

a Millésime ajouté d’une autre main.

b Sur cette troisième page de la lettre, qui commence au début de ce paragraphe, et sur la page suivante qui commence ici, est écrit en surimpression, en très grosses lettres tracées à la grosse plume avec pleins et déliés : « MON TOTO BIEN AIMÉ JE T’AIME DE TOUTES MES FORCES ET DE TOUTE MON ÂME ».« Collection Claude de Flers (juin 2013) »

c « noiée ».


« 27 juin 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 341-342], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4175, page consultée le 26 janvier 2026.

Il est impossible d’acheter plus chèrement l’honneur de t’aimer. Si je prends mes jours un à un, je vois que dans un mois je ne peux pas compter vingt-quatre heures de bonheur. En vérité ce n’est pas assez pour vivre, à plus forte raison pour être heureuse. Les beaux vers ne font pas la belle vie, et s’il m’était donné de choisir entre un rustre qui se consacrerait à mon amour comme je me consacre au tien, je le préférerais de toutes les forces de mon âme1. Quelle horrible journée ! oh Dieu que je souffre ! Il me semble que le seul soulagement que je puisse éprouver à l’heure qu’il est serait de m’enfuir bien loin pour ne plus revenir jamais. Oh mon Dieu l’heureuse femme que je suis, et que j’ai bonne grâce de donner toute ma vie pour latable et le logement. En vérité on ne fait pas de meilleur marché et jamais conditions plus heureuses ne se sont [assumées ?] sur une seule femme. J’aurais tort de me plaindre. Je ne [me] plains pas non plus. Je trouve que c’est bien et qu’il serait dommage de manquer de courage au milieu d’une si belle vie. J’en prends donc, et tant que j’en peux porter ce ne sera pas ma faute si le contrepoids l’emporte. Quellesa sont les raisons qui t’ont empêchéb de venir ? La duchesse d’Orléans à un bout et Mme Dorval de l’autre2. C’est bien.


Notes

1 Cette phrase n’a pas manqué son effet, s’il faut en croire ce qu’écrira Juliette à Victor Hugo le mois suivant : « Je ne suis sûre à présent de vous voir que lorsque j’ai les ouvriers chez moi » (lettre du 14 juillet au soir).

2 Allusion à la récente rencontre de Victor Hugo avec la duchesse d’Orléans lors d’une fête à Versailles le 10 juin. Quant à Mme Dorval, Juliette continue de s’en méfier depuis les répétitions d’Angelo en 1835, à plus forte raison alors que la célèbre actrice s’apprête à reprendre le rôle de doña Sol.

Notes manuscriptologiques

a « qu’elles ».

b « empêchées ».


« 27 juin 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 343-344], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4175, page consultée le 26 janvier 2026.

Cher bien-aimé, si tu m’en crois, de toutes ces lettres tu ne liras que celle-ci qui est la plus courte et par conséquent la meilleure. Je te le dis sans manière et avec le grand désir d’être obéie. Donne-moi l’exemple. Si tu veux qu’à mon tour je t’obéisse quand tu me défends de me faire du mal à mon âme, moi je ne veux pas que tu en fasses à tes chers petits yeux malades. D’ailleurs, mon pauvre ange, celle-ci les résume toutes : de l’amour, beaucoup d’amour, toujours de l’amour, entrecoupé de plaintes et de regrets, de regrets et de plaintes, et puis l’amour surnage toujours au-dessus de tout. Voilà mes lettres. La seule chose que tu perdras, ce sera la quantité de fautes d’orthographe. Mais je suis femme à te les réviser toutes aussitôt que tes yeux seront guéris. Je t’aime mon Victor bien aimé.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.

  • 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
  • 26 juinLes Voix intérieures.
  • 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
  • 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.