« 28 janvier 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 28], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12754, page consultée le 05 mai 2026.
Paris, 28 janvier 1880, mardi soir 2 h ½
J’espère, mon cher bien-aimé, que c’est pour la dernière fois aujourd’hui que tu dors
dans la journée. Demain, nous réintégrerons des habitudes plus normales et plus
hygiéniques pour ta santé, en reprenant nos promenades chaque fois qu’il n’y aura
pas
de Sénat. En attendant, profite encore aujourd’hui du repos prolongé dont tu
t’indulges au grand ennui de tes excellents docteurs1. Moi, pendant ce temps-là, je tâche à
faire aller ma pendule qui s’obstine à ne pas vouloir marcher2. Et puis, je te fais souvenir que tu continues à ne me
donner aucun argent, ce qui n’empêche pas la dépense quotidienne d’aller son train.
Ce
matin encore, j’ai payé de la bougie 18 F. 90,
et de l’eau de Walls…a 18 F. 75.
en dehors de la dépense de la cuisine,
avant-hier
montant à 67 F. 65,
et celle d’hier à …b65 F. 10,
total à rembourser ...c169 F. 80,
ainsi que tu pourras le vérifier sur le
livre même de Rosalie. Quant à l’emploi des
cinq cents francs, je t’en ai donné le détail que tu pourras vérifier également. Ça
n’est pas très amusant pour toi, ni pour moi, que ces quémanderies d’argent, et je
ne
m’y résigne que par obéissance à ta volonté.
Autre embêtement : Charamaule qui craint le froid, encore plus qu’il
ne désire savoir de tes nouvelles, me prie de lui écrire où en est ta santé. J’avoue
que cette corvée me coûte extrêmement, et je n’ai pas encore pu m’y décider. Quant
à
nos princes de Lusignan3, ils envoient ou ils viennent tous les jours savoir comment tu vas. Il est
vrai que leur sollicitude est quelque peu intéressée mais il ne faut pas y regarder
de
trop près et puis, je t’aime, je t’aime, et je t’aime.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Émile Allix et Paul Broca sont les deux médecins au chevet de Hugo depuis les quelques jours que dure sa maladie qui inquiète Juliette. Voir notamment sa lettre du 23 janvier 1880.
2 Juliette semble souvent rencontrer des soucis avec la pendule qui lui indique l’heure, soit que celle-ci diffère de sa montre (voir lettre du 18 septembre1872), soit qu’Hugo en trafique les aiguilles afin de pouvoir s’éclipser plus tôt (voir lettre du 5 mai 1872).
3 Propriétaires du logement de Victor Hugo, voir Nar-Bey
a les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
b les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
c les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
