« 26 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 315-316], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11393, page consultée le 25 janvier 2026.
26 mars [1837], dimanche midi
Bonjour, mon bien aimé, jour. Je suis dans une
atmosphère de fumée grasse qui m’empêche de voir ce que je t’écris.
Je n’ai
jamais rien vu de plus bête que cette affreuse servante. Ah ! Dieu quelle fumée, comme
c’est agréable d’être forcée de s’occuper de ses yeux et de sa gorge quand on a le
cœur plein d’amour qui déborde. Mon bon et cher Toto, je vous aime. J’ai bien rêvé
de
vous toute la nuit, vous étiez bien bon et bien amoureux, malheureusement ce n’était
qu’un rêve, mais ce qui est la vérité des vérités, c’est que je vous aime de toute
mon
âme, c’est que vous êtes le but de toutes mes actions, la préoccupation de toutes
mes
pensées. Mais rien de ce que vous me dites n’est perdu. J’amasse avec le plus grand
soin et je conserve avaricieusement toutes les belles choses que tu laisses tomber
dans ma mémoire, vide, jusqu’à toi, de tout ce qui est beau et bon. Grâce à toi
j’entrevois les merveilleux rayons de l’esprit humain, mon ignorance ne me permet
jamais d’en fixer le soleil sans éblouissement. Ô que je t’aime c’est bien plus que
vrai, je t’aime.
Juliette
« 26 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 317-318], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11393, page consultée le 25 janvier 2026.
26 mars [1837], dimanche après-midi, 2 h.
C’est aujourd’hui fête pour tout le monde, c’est toujours fête pour moi quand je te
vois, mais aussi aucune fête ne compte dans ma vie sans toi, mon cher bien-aimé. Je
suis triste et pensive dans mon coin, j’ai besoin de te voir pour me dérider un peu
ou
bien je resterai dans cette disposition jusqu’à ce que tu viennes.
J’ai regardé
notre petit tableau au grand jour, je le trouve encore plus joli qu’à la lumière.
Tu
as décidément fait un très bon marché.
J’ai reçu une lettre de l’insipide Mme Guérard pour me
dire qu’elle m’enverra une loge demain pour voir ARNAL, il aurait été assez simple d’attendre qu’elle l’ait pour
m’écrire, mais cette femme est si bête qu’elle ne sait rien faire. À propos,
n’a-t-elle pas le front de demander deux places pour elle et son hideux mari la
première fois qu’on donnera la ESMERALDA1. Heureusement que
nous saurons trouver un refus honnête, cette femme serait capable d’abuser jusqu’à
la
grossièreté des bonnes grâces qu’on se doit dans le monde si on la laissait faire.
Mais j’ai bien autre chose à te dire, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Viens vite si tu peux et pense à moi au milieu de toutes tes préoccupations.
Je
baise ton beau front et toute ta ravissante petite personne. Jour, jour, on jour.
Juliette
1 L’opéra de Louise Bertin La Esmeralda a été créé en 1836 à l’Opéra.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
