« 17 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 314-315], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2163, page consultée le 02 mai 2026.
17 avril [1836], dimanche matin, 10 h.
Bonjour, mon cher bien aimé. Je suis en colère contre moi pour m’être endormie de
ce
sommeil de plomb cette nuit. Une autre fois, je laisserai ma bougie allumée toute
la
nuit s’il le faut et je ne dormirai que d’un œil. De cette façon, je t’aurai plus
longtemps et plus entièrement avec moi. C’est bien le moins que je profite des bons
petits moments que tu dérobes à ton travail.
Bonjour, mon Toto chéri. J’ai rêvé
de vous toute la nuit et je vous ai bien aimé, allez. Oh ! vous ne perdez pas à ce
que
je dorme, car je vous aime de toute mon âme comme si j’étais éveillée. Mais, moi,
j’ai
perdu cette nuit un bonheur que vous m’auriez sans doute donné si je ne vous avais
pas
obéi en restant à moitié éveillée. Une autre fois vous ne m’y attraperez plus, je
frotterai si bien mes yeux et je sauterai si fort à votre coua qu’il faudra bien que vous restiez auprès
de moi un bon moment, bien employé. En attendant cette
occasion, je suis bien triste d’avoir perdu celle de cette nuit, je m’en veux de
toutes mes forces, je me donnerais des coups si je pouvais.
Je t’aime, va.
Rappelle-toi toutes les marques d’amour que je te donne tous les jours et à tous les
instants de ma vie. Aujourd’hui, j’ai plus que besoin de te voir, il fait un temps
ravissant, eh bien, je ne te verrai peut-être qu’un quart d’heure ce soir bien tard.
Eh bien, ce quart d’heure d’amour vu en perspective me donne la résignation de
supporter une longue journée enfermée seule. N’est-ce pas que je t’aime ?
J.
a « coup ».
« 17 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 316-317], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2163, page consultée le 02 mai 2026.
17 avril [1836], dimanche soir, 8 h. ½
Mon cher petit homme adoré, à présent que vous êtes parti, Dieu sait quand je vous
reverrai. Aussi, je vais m’empresser de me coucher pour n’être pas obligée d’allumer
du feu. Cependant j’aurais bien désiré voir CRÈCE Borgia, mais vous êtes un affreux
Toto et vous ne tenez pas le moins du monde à faire plaisir à votre pauvre Juju. Ce
qui ne l’empêche pas de vous aimer de toutes ses forces et de vous trouver le plus
beau et le plus noble de tous les hommes qui existent ou qui ont existé. Ça prouve
que
je t’aime, voilà tout, ça prouve encore que plus je t’aime, plus JE T’AIME.
J’ai
déjà un grand mal de tête, je ne sais pas à quoi cela tient mais je les ai bien plus
fréquents maintenant qu’il y a un an. Cela tient à ce que je
souffre trop, vois-tu. Cela tient à ce que vous ne m’aimez pas assez, voilà à
quoi cela tient. Mon cher petit Toto, vous croyez peut-être que je vous dis cela en
riant ? Eh bien vous vous trompez. Ce que je vous dis là, je le pense et je vous le
dis sérieusement et j’en suis triste. Je vois bien que vous ne m’aimez plus autant
qu’autrefois et ce qu’il y a d’affreux, c’est que je sens en même temps que je vous
aime plus, bien plus. Je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
