« 27 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 237], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.746, page consultée le 05 mai 2026.
27 mars [1836], dimanche matin, 8 h. ½
Bonjour mon grand bien-aimé, je vous aime. Je me retrouve dans ce mot-là, parce que
je n’ai pas assez d’esprit pour vous dire les admirables compliments que vous méritez,
quoique je sente autant et mieux que personne toute votre sublime nature. Je regrette
moins mon insuffisance en pensant à tous les esprits intelligents (et il y en a
beaucoup) qui jalousent votre triomphe avec des paroles dignes de votre nouveau
succès.
Moi, je t’aime, c’est ma partie à moi dans ce grand concert de louanges.
J’espère que ton âme distinguera ma petite voix dans ce grand chœur.
Bonjour mon
Toto chéri, vous avez dû bien dormir ; vous aviez emporté tout ce qu’il fallait pour
faire de doux songes : de la gloire et de l’amour. J’espère bien te voir aujourd’hui
très tôt malgré tous vos admirateurs. J’ai besoin de vous
embrasser, dussé-je pour cela monter l’échelle de Jacob
jusqu’au dernier échelon. Si grand que vous soyez, j’ai de l’amour plus que par-dessus
votre tête.
« 27 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 238-239], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.746, page consultée le 05 mai 2026.
27 mars [1836], dimanche soir, 7 h. ¾
C’est à peine si j’ose te dire ce soir que je t’aime : je me trouve humiliée, même
dans mon amour car toutes ces femmes me paraissent autant de rivales préférées. Je
souffre. Je ne t’accuse pas de cela, mais je souffre encore plus ce soir, qu’à
l’ordinaire… Je n’ai pas osé te demander ce que tu avais écrit à
la lettre à Mme Dorval. J’ai craint de trouver là encore quelques sujets d’amertume et
de jalousie et je me suis tue.
Mon cher bijou, vous êtes bien heureux vous, vous
n’êtes pas jaloux, vous n’êtes en concurrence avec aucune célébrité, car il n’y a
pas
d’autre célébrité que la vôtre et vous êtes bien sûr que je vous aime avec le cœur.
Tandis que moi, je ne suis sûre que d’une chose, c’est que je vous aime trop pour
être
jamais aimée également, et puis je sens bien que je n’aurai jamais la force de
soulever LA GRANDE PIERRE PLATE sous laquelle on a mis mon
intelligence.
Pardonne-moi, je suis triste, je suis plus que triste, je suis honteuse de moi-même, je suis jalouse. Je suis bête et je
suis amoureuse en conséquence.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
