12 avril 1880

« 12 avril 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 102], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12857, page consultée le 24 janvier 2026.

Cher bien-aimé, il est fâcheux que ce bon vieux anniversaire si courtoisement et si tendrement fêté par toi ne se soit pas complété, comme il l’a fait pour moi, par une bonne nuit. Je le regrette en espérant, néanmoins, que tu dormiras bien la nuit prochaine. En attendant, je te prépare, ne pouvant pas faire autrement, une aimable flirtation avec ta Princesse1 pour ce soir. De son côté Mme Alphonsine Bowes, autre tête couronnée, m’écrit qu’elle a eu un horrible cauchemara dans lequel l’archevêque, Prince royal de Lusignan2, l’enfermait dans son vaste sac noir dont le capuchon l’étouffait, comme un grand éteignoir sur un gros cierge. En même temps elle me dit qu’elle viendra seule avec sa mère vendredi prochain parce que le médecin défend absolument à son mari, qui est en proie aux étourdissements depuis longtemps, de dîner en ville et de sortir le soir. Je vais aller te demander s’il te plaît de sortir tout à l’heure. Le temps, sans être gai, n’est cependant pas maussade et il ne vente pas trop fort. Je ne crois pas que tu puisses te passer deux jours de suite d’air et de locomotion ? Je vais aller te le demander sans plus attendre. Cher bien-aimé, qu’il soit fait selon ta volonté et avec le respect dû à ton saint travail. Je baise tes ailes et tes pieds, je te souris, je te bénis, et je t’adore.

[Adresse]
Monsieur Victor Hugo


Notes

1 Princesse de Lusignan, propriétaire de leur logement de la rue d’Eylau, voir Mme Nar-Bey.

2 Khorêne Nar-Bey, propriétaire du logement de Hugo, était archevêque et Prince de Lusignan.

Notes manuscriptologiques

a « cauchemard ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française

  • AvrilReligion et religions.
  • 24 octobreL’Âne.