20 juin 1855

« 20 juin 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 257-258], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7101, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour, tout mon bonheur lumineux, bonjour, je t’aime. J’espère que tu n’auras éprouvé aucun mal de ta course précipitée d’hier au soir ? Cher, cher adoré, ce serait payé trop cher la joie de te voir une minute, quoique cette suprême minute soit pour moi un long rayon d’amour qui étincelle dans mes rêves de la nuit et soit mon soleil le jour. Je te remercie doublement d’être revenu hier pour rompre mon lourd et ennuyeuxa tête-à-tête avec l’honnête mais fastidieux petit Préveraud. Il est impossible d’être plus terne et plus insignifiant que ce brave petit homme-là, et surtout plus patient à vous impatienter de ses billevesées qui ressemblent à de la paille hachée menue dans la conversation. C’est un Allix ignorant mais aussi fatiguant et aussi tenace que lui à l’embêtement du prochain. Du reste, il est probable (probable est modeste) que je critique leur paille pour mieux fermer l’œil sur ma poutre car c’est toujours ainsi depuis les temps bibliques ; mais cela ne m’arrête pas, au contraire.
Je pensais que je verrais passer Vacquerie, ce matin, car c’est son chemin naturel pour aller au port mais je ne l’ai pas vu ni aucun des tiens. Peut-être a-t-il pris une voiture ou ajourné son départ ? Dans tous les cas, je souhaite à ce pauvre garçon de trouver une immense joie là où il craint de rencontrer un grand deuil et de garder le plus longtemps possible dans la vie sa sainte et digne mère, que je vénère pour tous les malheurs qui l’ont si cruellement frappée et dont j’aime le fils pour le dévouement pieux et filialb qu’il t’a consacré avec tant de persévérance et de courage1. C’est une manière pour moi de t’aimer plus que plein mon cœur et plein mon âme. Aussi tous ceux qui t’admirent et qui t’aiment sont pour moi les foyers de mon propre amour ! Je m’explique mal mais je sens bien et je t’adore mon divin bien-aimé.

Juliette


Notes

1 Vacquerie, parti le 20 juin au chevet de sa mère malade, reviendra fin juillet.

Notes manuscriptologiques

a « ennuieux ».

b « fillial ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.