« 27 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/20], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12564, page consultée le 24 janvier 2026.
27 janvier [1850], dimanche matin, 9 h.
Bonjour mon tant, mon tout, mon trop adoré, bonjour.
À quoi faut-il que je
m’attende aujourd’hui ? Quellea sera
la déception qui viendra m’attrister ? Je voudrais pouvoir l’éviter mais je sens qu’il
est dans ma destinée de les subir toutes. Je ne m’y résigne pourtant pas, tant s’en
faut, et malgré l’inutilité de mes efforts pour échapper à des atroces mystifications
quotidiennes, je suis toute prête à les recommencer. Cher adoré, mon amour, ma gloire,
ma joie, mon soleil radieux, mon âme, je te baise par les pieds comme on fait du bon
Dieu. Dors bien, mon Victor adoré, que toutes les admirations et toutes les adorations
repassent en songe devant toi et te donnentb un avant-goût de la joie du paradis. Si tu avais pu entendre
toutes les tendresses virginales de mes deux petites filles hier1, tu aurais
été bien content. Si tu pouvais voir mon cœur, tu serais bien fier et bien heureux.
Mon Victor, mon sublime bien-aimé, je t’envoie tout ce que j’ai de meilleur en moi :
mon âme dans un baiser. Tâche de venir de bonne heure, tu me combleras de joie et
de
bonheur.
Juliette
a « Qu’elle ».
b « donne ».
« 27 janvier 1850 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1850/21], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12564, page consultée le 24 janvier 2026.
27 janvier [1850], dimanche après-midi, 4 h.
Je t’ai vu, mon adoré, c’est de quoi me faire prendre patience, mais ce n’est pas
assez pour éclairer toute cette journée d’un long rayon de bonheur. Je te remercie
de
ta chère petite apparition, elle me prouve que tu penses à moi et que tu en as pitié.
Mais si tu veux me prouver que tu m’aimes, tu tâcheras de revenir tout de suite et
de
rester jusqu’à l’heure de ton dîner. Mon cher petit homme, n’est-ce pas
[que] l’amour rend une pauvre Juju bien exigeante ? Je ne m’en
cache pas puisque je te désire comme je t’aime, c’est-à-dire de toute mon âme. Je
sais
combien tu es occupé, mon amour, aussi je ne t’en voudrai pas si tu ne peux me donner
qu’une minute, quelle qu’elle soita je l’accueillerai avec toute la reconnaissance et toute la
joie d’une longue journée de bonheur. Je te prie de venir, comme je prie le bon Dieu
de te donner tout le bonheur du monde. Et puis je t’attends et puis je t’adore et
puis
je recommence sur de nouveaux frais et sans me lasser jamais.
Si tu y passes,
mon amour, apporte-moi le journal d’Ulbach1. Mais sur quoi
j’insiste impérieusement c’est sur les mesures de ton meuble. Si tu pouvais l’apporter
pendant qu’Eugénie est à la maison
aujourd’hui, ça ne serait pas si bête et je serais très heureuse pour ma part. En
attendant je te baise indéfiniment.
Juliette
1 Collaborateur à L’Artiste et au Musée des familles, Louis Ulbach avait fondé en 1848 Le Propagateur de l’Aube, où il publiait des lettres politiques.
a « quelqu’elle ».
« 27 janvier 1850 » [source : BnF, Mss, NAF 16368, f. 9], transcr. Marva Barnett et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12564, page consultée le 24 janvier 2026.
Lundi 27 janvier 18501
[Elle est désolée parce que Hugo retenu à la Chambre par une séance, n’est pas venu la voir :] « … je sens qu’il serait monstrueux de t’en faire remonter la responsabilité mais je peux bien dire que c’est une fichue vie que la mienne au point de vue de l’amour et de la jalousie. Je n’ai pas le temps de te donner le moindre baiser ni de te faire la moindre scène c’est dégoûtant. Que le diable emporte la politique et tous ceux qui l’ont inventée, pour moi j’en ai plus que par-dessus la tête… S’il y a jamais une nouvelle Révolution de Février2 et encore plus de Juillet3 j’en profiterai pour abolir tous ces pseudonymes de trahison, de mystification et d’abomination, quand je devrais tirer le nez au président de la République tout bonnement… Il faudra pourtant que toutes ces choses aient une fin comme dans les meilleurs romans de Ducray-Duminil4. Dussions-nous avoir beaucoup d’enfants et la République aussi. Jusque-là tâchez de venir tout à l’heure et préparez de bonnes menteries pour détourner mes soupçons qui sont en quête de quelque infamie révoltante. Prenez garde à vous Toto car ce sera féroce… »
1 Copie de Lettre de Juliette Drouet à Victor Hugo provenant de la collection Alfred Dupont vendue à l’Hôtel Drouot en décembre 1958. Lettre mise à prix : 8000 francs. Adjugée : 16 000 francs plus 21,20%.
2 Allusion à la Révolution de février 1848 qui précipita la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la République.
3 Allusion à la révolution de juillet 1830, qui chassa les Bourbons au profit de Louis-Philippe.
4 François-Guillaume Ducray-Duminil est connu pour ses romans destinés à la jeunesse, dans lesquels il fait triompher la morale, la vertu et l’éthique.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle
- 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
- 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
- 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
- 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
- 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.
