« 21 novembre 1846 » [source : MVH, α 7819], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1313, page consultée le 25 janvier 2026.
21 novembre [1846], samedi matin
Bonjour mon Toto, bonjour qu’on vous dit. Ça va bien et vous ? J’ai rêvé toute la nuit voyage, lacs, montagnes et légendes. Je donne plus que jamais mon piano. Je le mets plus que jamais à la loterie des inondés1 pour pouvoir aller seulement pendant deux mois en Irlande ou ailleurs. Hélas ! il n’est pas probable que cet heureux temps de voyage, de liberté, de loisir et d’amour revienne pour moi. Je suis condamnée à la rue Sainte-Anastase2 à perpétuité ou à Mamzelle Baucoul comme divertissement extraordinaire. Je ne peux pas croire que jamais le bonheur si éclatant, si admirable et si complet revienne pour moi car tu es tous les jours envahi de plus en plus par les affaires, d’une part, tes inspirations et tes affections de famille de l’autre. Rien ne peut diminuer ni s’amoindrir maintenant, au contraire. Aussi j’aurais bien fait de mourir il y a trois ans lors de notre dernier voyage. Je pense souvent à cela et toujours je me dis qu’il vaut mieux mourir que de survivre à son bonheur. Dans ce sentiment triste et douloureux que me causenta les regrets de mon bonheur passé il y a bien de l’amour, mon adoré, il n’y a même que cela. Je donnerais avec joie tout ce qui me reste à vivre pour une journée entière d’amour auprès de toi.
Juliette
1 En octobre avait eu lieu une grave inondation de la Loire. Une souscription nationale avait été lancée pour aider les sinistrés.
2 Juliette Drouet habite rue Sainte-Anastase depuis le 8 mars 1836. Le 10 février 1845, elle avait déménagé du 14 au 12 de cette rue.
a « cause ».
« 21 novembre 1846 » [source : MVH, α 7820], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1313, page consultée le 25 janvier 2026.
21 novembre [1846], samedi midi ¾
Cher petit homme adoré, je voudrais bien que vous ayez la bonne pensée de venir travailler auprès de moi. Dans cette supposition, trop peu probable, j’ai fait mes affaires de bonne heure. Je me suis même peignée avant le déjeuner. Tout à l’heure je serai prête tout à fait et je pourrai rester auprès de vous sans vous déranger. Vous savez que j’attends toujours mon Jean Tréjean. Si vous me faites tirer la langue trop longue, je fourrerai mon nez dedans sans la moindre permission, je vous en préviens. Je farfouillerai et je brouterai à même sans le moindre remords, ce sera bien fait. Pourquoi me faites-vous désirer si longtemps ma pâture et mon plaisir ? Tiens c’est bien fait et dès aujourd’hui si vous ne venez pas bien vite je me livrerai à tous les excès sur tous vos manuscrits. Allez, maintenant, je ne vous dis que ça. J’espère que vous voudrez bien me faire l’honneur de me répondre au sujet de toutes ces choses, que sans cela j’emploierai votre manière avec Salvandy1 et nous verrons de quelle façon vous vous aplatireza. En attendant, je vous attends, chose assez monotone en elle-même, mais furieusement embêtante quand elle est répétée tous les jours, depuis le matin jusqu’au soir, et depuis le soir jusqu’au matin. N’importe, baisez-moi tout de même,
Juliette
1 Salvandy avait reçu le poète à l’Académie française le 3 juin 1841, avec un discours que celui-ci avait peu apprécié.
a « applatirez ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
