« 13 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 155-156], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4636, page consultée le 10 mai 2026.
13 février [1846], vendredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto, bonjour mon petit homme chéri, bonjour toi je t’aime, comment que
ça va ? Je gage que vous n’avez pas seulement rêvé de moi cette nuit ? Eh ! bien moi
je ne suis pas si bête que vous, je m’en suis régalée à cœur joie. Ce que je n’ai
pas
en réalité le bon Dieu me l’envoie en rêve, c’est tout autant. Aussi cette nuit ai-je
eu une bonne petite culotte de bonnes choses. Il est vrai que ces magnifiques rêves ressemblent un peu à des
mystifications mais enfin j’aime encore mieux cela que rien. Baisez-moi vous et venez
donner un peu de consistance à mes rêvasseries.
Je voudrais bien savoir un jour
ou deux à l’avance quand j’irai à la Chambre pour me préparer. Sans plaisanterie il faut que j’écrive à ces petites filles au moins
la veille. Je vais donc vous voir dans votre splendeur ! Car je ne suppose pas que
vous ayez l’intention délicate de m’y envoyer un jour où vous serez à l’Académie ?
C’est pour le coup que je redemanderai MON ARGENT A LA PORTE et que je pousserai
d’affreux cris. Je n’y vais que pour vous, M. Dubocage a peu d’attraits pour moi ainsi que tous ses HONORABLES collègues dont je me
fiche supérieurement. Ce que je veux voir, c’est vous, vous tout seul et si cela se
pouvait même je vous aimerais mieux sans la sauce de l’Assemblée mais enfin pour vous voir je consens à l’AVALER à la condition que
vous m’enverrez un petit baiser du regard.
Juliette
« 13 février 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 57-158], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4636, page consultée le 10 mai 2026.
13 février [1846], vendredi soir, 5 h. ¼
Je vais te voir bientôt, mon amour béni et j’en suis bien heureuse d’avance. Je sais
bien que mon bonheur ne sera pas de longue durée mais enfin c’est égal, si peu qu’il
durera ce sera un siècle de bonheur et de joie pour mon pauvre cœur.
Mme Guérard1 sort
d’ici, je lui ai donné 10 F., elle viendra un jour régler
avec moi. Du reste elle avait dîné hier chez Mme Parent avec la belle Mlle Dédé qu’elle
ne se lasse pas d’admirer et qui est aussi belle que son
père. Vous pensez comme j’accueille ces cancans et
comme je crois ça, avec ça que VOUS ÊTES BEAU, VOUS. Voime, voime, à côté il y a de la place et je voudrais bien voir que
mamzelle Dédé vous ressemble et sans ma permission. Cher petit homme adoré, mon
Victor, mon bien-aimé, mon amour, mon cœur se fond quand je pense à toi si grand,
si
beau, si noble, si doux, si généreux, si ineffable et si divin. Je voudrais te servir
à genoux, je voudrais te donner ma vie jusqu’à la dernière goutte. Je t’aime mon
Victor, je t’adore mon cher petit Toto. Viens
bien vite mon Victor chéri pour que j’aie le temps de te voir, de t’entendre, de te
baiser et de te caresser. D’ailleurs il pleut et ce n’est pas prudent d’errer le soir
sous la pluie. Venez donc tout de suite. Je le veux et surtout je vous en supplie,
d’ici là je baise toute votre ravissante petite carcasse de Pair de France depuis
tout jusqu’à bien autrechose. Je peux bien me permettre de loin cette licence
poétique sur votre auguste personne. Je suis sûre au moins que vous ne vous y
refuserez pas.
Juliette
1 Amie de Juliette, qui sera présente à ses côtés pour l’enterrement de Claire.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
