« 24 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 293-294], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12291, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1845], mercredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour, toi, comment
allez-vous ? Avez-vous rêvé annuaire, éclipse de lune et autres
fariboles du même genre ? Quant à moi, j’ai rêvé de votre jolie petite
clef que j’avais retrouvée cassée, il est vrai, mais c’était le bon bout
qui restait. J’étais si contente que je m’en suis éveillée. Hélas ! je
n’avais retrouvé pas plus la clef de votre chambre que celle de votre
cœur qui m’est fermé depuis trop longtemps. Encore si j’avais la
ressource de pouvoir y entrer avec effraction, je ne m’en ferais aucun
scrupule. J’aimerais mieux cela que de rester à la porte bêtement à
attendre que vous vouliez bien m’ouvrir.
Bonjour, vilain paresseux,
bonjour, je suis sûre que vous n’avez travaillé que les trois-quarts de
la nuit ? Comme si on ne pouvait pas travailler la nuit entière. En
vérité, Môsieur Toto, vous vous relâchez joliment. Je crains que vous ne
finissiez par croupir dans l’oisiveté et dans la mollesse. Il ne vous
manquerait plus que cela pour vous complétera. Taisez-vous, pâresseux, je vous adore.
Juliette
a « completter ».
« 24 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 295-296], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12291, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1845], mercredi après-midi, 4 h.
Vous êtes témoin que vous me taquinez outre mesure et que je suis dans mon droit de vous le rendre. Aussi, à partir d’aujourd’hui, je vous mets à l’amende de dix francs qui seront appliqués au besoin de l’État et qui entreront dans la caisse des fonds les plus secrets. Je regrette infiniment d’en venir à ces extrémités, mais vous m’y forcez, tant pis pour vous. Encore si cela m’ôtait mon mal de tête, ce ne serait que plaisir et jubilation. Mais je souffre trop pour bien sentir toute la joie d’une bonne et légitime représaille. Il ne faudrait rien moins que la culotte magique pour me guérir tout de suite. Hélas ! nous ne sommes pas en fonds....a de culottes. Notre pauvre amour en est réduit à sa plus simple et sa plus pauvre expression depuis trop longtemps. Aussi ferait-il pitié à un chien à le voir si nu et si abandonné par le temps qu’il fait. Quant à moi, je le réchauffe de mon mieux. Je le fourre dans les endroits les plus chauds de mon cœur, de mon corps et de mon âme, mais rien ne peut suppléerb à la culotte. Sans la culotte, pas de salut. Une culotte donc, mon Toto, le plus vite possible ou la mort. Je donne mes dix francs s’il le faut, même mon grand couteau, même ma guipure, même Coromandel1 et moi par-dessus, mais une culotte vite, vite, vite.
Juliette
1 Les meubles en laque de Coromandel sont des meubles particulièrement appréciés par Victor Hugo et Juliette Drouet. Dans Les Misérables, M. Gillenormand possède d’ailleurs un de ces meubles asiatiques : « Il enveloppait son lit d’un vaste paravent à neuf feuilles en laque de Coromandel » (Troisième partie, livre deuxième, chapitre 2 « Tel maître, tel logis »).
a Quatre points de suspension.
b « supléer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
