24 février 1845

« 24 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 117-118], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5152, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon amour bien aimé. Je baise ton beau front bien fatigué, je baise tes beaux yeux bien doucement pour ne pas te déranger, car tu dois être bien occupé si tu n’as pas encore fini. Moi j’ai fait toutes mes affaires intérieures pour n’avoir à m’occuper que de ta copiea quand tu me l’apporteras. J’ai passé une mauvaise nuit. J’ai fait des rêves affreux et je me suis réveillée trois fois en pleurant à chaudes larmes. Cela tient probablement à ce que je ne t’ai pas vu cette nuit. Je l’ai remarqué souvent. Quand je ne t’ai pas vu le soir, je passe mal la nuit et je fais de vilains rêves. Heureusement que ce vilain travail touche à sa fin et que tu pourras me rendre la douce habitude de t’embrasser tous les soirs. En attendant, je fais comme je peux, c’est-à-dire que je grogne tant que la journée dure et que j’ai des cauchemarsb toutes les nuits. On ne saurait mieux employer son temps, n’est-ce pas mon amour ? Baise-moi, cher petit homme adoré, et prépare-toi à une VIE ATROCE dès que tu auras fini.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « de de ta copie ».

b « des cauchemards ».


« 24 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 119-120], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5152, page consultée le 24 janvier 2026.

Tu ne viens pas, mon cher petit homme adoré, c’est que tu n’as pas encore fini. Je suis effrayée quand je pense qu’il faut que tu aies fini absolument ce soir1. Moi, je me tiens prête. Je suis sous les armes depuis hier, armée de pied en cap de mes plumes fraîchement taillées, de mon encre et de ma poudre. Je n’attends que toi pour me livrer à un travail acharné2.
Le menuisier a apporté son mémoire qui se monte [à]126 francs 47 centimes. Il reste encore celui du peintre et celui du serrurier à avoir, sans parler de Jourdain. Quand toutes ces dépenses seront mises les unes au bout des autres, cela fera un total effrayant. J’aurai à vivre bien économiquement toute l’année pour rétablir un peu l’équilibre. C’est ce que je ferai, mon amour chéri, avec le plus grand bonheur. Tu n’en doutesa pas, n’est-ce pas ?
Cher petit homme chéri, je t’ai fait acheter du miel tout à l’heure. Je vais te faire ton gargarisme pour ce soir. En attendant qu’il soit refroidi, tu te gargariserasb avec ton eau vinaigrée. J’ai hâte que tu viennes, car l’heure s’avance et tu dois avoir bien besoin de te rafraîchirc les yeux et la gorge. Je fais des vœux pour que tu aies fini et pour que tu viennes tout de suite et pour que tu ne souffresd pas. Je t’aime, mon Victor bien aimé.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo travaille alors à la rédaction de son discours en réponse au discours de réception de Sainte-Beuve à l’Académie française le 27 février 1845.

2 Juliette Drouet attend vraisemblablement le discours de Victor Hugo pour le copier, afin qu’il soit mis au net pour le 27 février.

Notes manuscriptologiques

a « tu n’en doute ».

b « tu te gargarisera ».

c « raffraîchir ».

d « tu ne souffre ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.

  • 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
  • 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
  • 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
  • AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
  • 13 avrilHugo nommé Pair de France.
  • 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
  • 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
  • 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.