« 27 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 293-294], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5535, page consultée le 27 janvier 2026.
27 octobre [1844], dimanche matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon charmant, mon ravissant Toto, bonjour.
Je te baise de toutes mes forces, comment vas-tu ce matin, mon amour ? Ce brouillard,
cette humidité ne te font pas de mal ? Tant mieux, mais il faut bien prendre garde
à
tes pieds. Quant à moi, j’ai été debout une partie de la nuit et ce matin. J’ai les
intestins très douloureux. Je ne sais à quoi attribuer ce petit dérangement car je
suis un régime très simple et très doux. Je pense que cela n’aura pas de suite. Oh !
bien, mon cher petit distrait, vous avez bien mis la lettre de la mère Luthereau à la poste cette nuit. Voime, voime, je vous en vélizite1. Je viens
de l’envoyer mettre dans la boîte par Suzanne. Heureusement que ce qu’elle contient n’est pas autrement
pressé.
J’espère, mon Toto, que tu ne manqueras pas de me venir chercher ce soir
si tu vas à Saint-Cloud2, quelles que
soit les péronnelles qui sont chez moi ? Tu pensesa, mon cher bien-aimé, que rien au monde ne vaut pour moi le
bonheur d’être une minute avec toi. Aussi je compte sur ta promesse en toute
confiance.
Pauvre adoré bien-aimé, j’ai fait un affreux rêve cette nuit et je me
suis éveillée en poussant d’affreux cris. Je t’en demande pardon car je m’en veux
de
faire de si vilains rêves sur toi, si doux, si noble et si charmant dans la réalité.
Je ne sais pas à quoi cela tient mais je fais presque toujours des rêves horribles
sur
toi. Je me console en pensant au proverbe qui dit : tout songe
tout mensonge. Baise-moi, mon cher amour, et aime-moi si tu veux que je sois
bien heureuse et que je vive.
Je t’écris de mon lit dans lequel je me tords dans
les coliques. Il y avait longtemps que je n’avais ressenti de douleurs d’intestins
aussi vives. Je ne sais pas comment je ferai tantôt si elles ne se calment pas. Dans
ce moment, j’ai toutes les peines du monde à finir ma lettre tant je souffre.
Cependant, je ne veux pas qu’ilb soit
dit que de méchantes coliques m’ont empêchée de te dire que tu étais ma joie, mon
bonheur et ma vie. Je leur tire la langue et je t’embrasse malgré elles en pensée
et
en désir depuis la tête jusqu’aux pieds.
Juliette
1 Imitation de l’accent allemand.
2 Hugo y est régulièrement invité par le roi Louis-Philippe.
a « pense ».
b « qui ».
« 27 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 295-296], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5535, page consultée le 27 janvier 2026.
27 octobre [1844], dimanche soir, 5 h. ¼
Je viens de voir Mme Luthereau, mon cher petit bien-aimé, elle te remercie du fond du cœur de
l’intérêt que tu prends à son fils. Elle le verra ce soir et elle lui dira d’aller
chez Trébuchet le plus tôt possible. Quant à
son mari, il travaille plus que jamais. Du reste, M. de Férol a été ravi de la lettre de sa filleule. Voilà, mon cher bijou,
tout ce qu’elle m’a dit en une demi-heure qu’elle est restée avec moi. Elle viendra
dîner dimanche prochain chez moi pour se trouver avec Claire.
Cher adoré, je ne veux pas que tu croies que je tiens à ces
misérables chiffons que j’ai acheté à ton intention (pour tes manuscrits). Est-ce
que
tout ce que j’ai n’est pas à toi ? Comment, je tiendrais plus à des haillons
quelconques qu’à ma vie, qu’à mon âme que je tea donne toute entière ! Cela n’est pas croyable et je ne veux pas que tu
fasses semblant de le croire. Tu auras des pantoufles de
veloursb. Seulement, je
voudrais les relever par une broderie. Clairette serait la plus heureuse fille du
monde de mettre son talent à tes pieds et je voudrais
profiter de l’occasion qui se présente. Cher petit homme adoré, je t’aime,
n’oubliec jamais cela,
entends-tu ?
J’ai montré mes belles étrennes à Mme Luthereau, elle en a été éblouie. Je le crois fichtre bien. Et moi aussi j’en
suis éblouie. Je voudrais le dire à tout l’univers. Pauvre bien-aimé adoré, tu ne
sauras jamais combien je t’aime. Je baise tes pieds, tes mains, tes yeux, ta bouche,
ton âme. Je voudrais me fondre en toi.
Juliette
a « te la ».
b « velour ».
c « oublies ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
