« 8 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 25-26], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11662, page consultée le 25 janvier 2026.
8 avril [1844], lundi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon cher petit homme triste, bonjour, mon
pauvre ange bien aimé. Comment vas-tu ce matin ? As-tu pris un peu de repos cette
nuit ? J’ai rêvé de toi, mon pauvre petit homme, toute la nuit, et comme toujours,
mes
rêves ont été douloureux. J’espère que cela ne signifie rien et que tu m’aimes.
Qu’est-ce que je deviendrais, mon Dieu, si tu ne m’aimais pas ? J’en deviendrais folle
tout de suite ou j’en mourrais. Tu ne peux pas savoir, mon adoré, à quel point j’ai
mis tout mon amour et toute ma vie dans toi. Le jour où tu me manquerais, tout me
manquerait. Je t’aime, mon Victor. Je t’aime. Mon noble, mon
généreux homme, tu es beau, je t’aime !
J’ai envoyé
Suzanne ce matin chez le Dabat pour savoir au juste quand il pourrait te
donner tes souliers ; il a dit qu’il ferait tous ses efforts pour t’en donner une
paire jeudi. Tout à l’heure, elle ira chez Lanvin pour ta boucle. Tu peux donc venir en toute
confiance : tu auras tes commissions faites.
Jour Toto, jour mon cher petit o, ne sois pas triste, je t’aime. Clairette te fera tes mouchoirs comme tu les veux. Elle te fera tout ce que tu voudras car
elle t’aime bien profondément. On sent que c’est une joie pour elle de travailler
pour
toi. Même, je vous dirais qu’elle prend trop vos intérêts et que si je l’écoutais,
je
vous donnerais toutes mes affaires. Voime, voime,
polisson, tu verras comme je te recevrais.
[Dessina]
Je vous défends d’être très aimable avec Saint-Denis, avec Mme de Villeneuve, et d’autres toujours du même sexe.
Laissez ce divertissement à votre cousin Asseline1 et soyez-moi bien fidèle ou
sinon, je vous flanquerai des coups et des giffes à pile-que veux-tu. Sur ce, baisez-moi, monstre et taisez-vous. Vous
voyez, monstre, que je me racquitte avec vous et que je ne vous dois rien. Que cela
vous serve d’exemple et tâchez d’imiter ma scrupuleuse probité à l’avenir car pour
l’arriéré, j’y mets deux p.p. ; vous ne pourriez jamais vous
acquitter sans cette générosité forcée de ma part.
Pense à moi mon Toto, aime-moi
et viens me voir bien vite. Il fait un temps ravissant, c’est bien dommage que nous
n’en puissions pas profiter ensemble. Bientôt, je l’espère, tu me donneras cette joie.
Tu me l’as bien promis et j’y compte.
Juliette
1 Alfred Asseline, cousin d’Adèle Hugo.
a Juliette tient un bâton dans la
main qu’elle abat sur la tête de Hugo. « Juju » est-elle la légende du dessin ou
le prénom correspondant au nom « Saint-Denis » ? C’est indécidable tant qu’on
n’identifie pas cette « Saint-Denis » dont elle est jalouse.

« 8 avril 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 27-28], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11662, page consultée le 25 janvier 2026.
8 avril [1844], lundi après-midi, 5 h.
Vous êtes bien venu chercher votre boucle, n’est-ce pas, mon cher petit blagueur ?
Une autre fois, je me décarcasserai pour vous, soyez tranquille. À propos de
tranquillité, aucun de mes convives n’a encore montré ses cornes. Je serai seule avec
ma péronnelle1 et vous vous garderez bien de venir interrompre ce doux
tête-à-tête, avant que toutes mes femelles ne soient arrivées. Ia, Ia, monsire, matame, monsire Dodo, il dre un
karzon pien chentil en renivlant2.
Je vous dirais mon Toto qu’il est arrivé un grand désastre
à mon infortunée perruque griffagne. Suzanne m’a fait l’espièglerie de
poser mes papillotes avec un fer rougi. Merci. [Après ?] cela, j’aime
autant ça : plus tôt il n’y en aura plus un seul et mieux ça vaudra. En attendant,
votre système capillaire se développe avec fureur, à vous, Scapilione3 lui-même a l’air d’un pelé à côté de votre
perruque mérovingienne. C’est pour m’humilier ce que vous en faîtes et je conviens
que
vous y réussissez à merveille. Cela ne m’empêche pas de vous aimer à la rage et de
vous adorer idem.
Est-ce que tu ne viendras pas bientôt ? Sérieusement, mon
Toto, je t’attends depuis bientôt dix-huit heures et je te
désire de toute mon âme.
Juliette
1 Sa fille Claire Pradier.
2 Imitation de l’accent germanique pour « oui, oui, monsieur, madame, il être un garçon bien gentil en reniflant ».
3 À élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
