« 23 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 199-200], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11515, page consultée le 25 janvier 2026.
23 décembre [1843], samedi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour le plus beau et le meilleur des hommes, bonjour,
bonjour, je t’aime. J’ai rêvé de toi toute la nuit, mon adoré, mais comme toujours
mes
rêves étaient douloureux. Je ne sais pas à quoi cela tient que tous mes rêves sont
tristes et hideux ? Cette nuit surtout je n’avais aucun motif de cauchemar car tu
n’as
jamais été plus doux, plus beau, plus tendre, plus noble, plus généreux, plus charmant
et plus adorable qu’hier. Cela tient à des causes inconnues probablement contre
lesquellesa toute ta ravissante
et toute ton ineffable bonté ne peut rien.
Mon Victor je t’adore !
Comment
vas-tu ce matin ? Que fais-tu ? Où es-tu ? Qui aimes-tu ? Voilà quelques petites
questions qui m’intéressent plus qu’elles ne sont grosses. Je voudrais bien connaître
les réponses… mais ça ne sera pas tout de suite. Je connais vos allures, scélérat,
je
sais très bien que vous m’avez accrochée à un clou pour un bon bout de temps. Vous
agissez avez moi comme on fait avec les manchons en été. Vous me faites prendre l’air
pour ne pas me laisser piquer des vers : vous êtes rajeuni depuis que je [vous
ai ?] mais prenez garde que je ne me plus car… etc. Et puis vous me refourrez
dans mon carton pour six mois. Voime, voime,
beaucoup de talent Monsieur Toto. Baisez-moi, monstre, et défiez-vous de ma magie :
car vous êtes charmant et vous seriez perdant. Baisez-moi
encore, toujours encore.
Juliette
a « lesquels ».
« 23 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 201-202], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11515, page consultée le 25 janvier 2026.
23 décembre [1843], lundi soir, 6 h.
Vous ne méritez pas que Toto 2ème soit PREMIER,
scélérat, puisque vous ne revenez pas. Une autre fois je ne ferai pas de vœu pour
lui.
Pauvre ange adoré, j’en serais bien fâchée de n’en pas faire pour lui mais pour vous
plus souvent, ce n’est pas une conduite ça je vous en préviens. Je n’accepte pas la
mystification d’hier pour la fameuse journée de dédommagement que vous me promettiez
depuis si longtemps. Je ne suis pas si boniface que cela. Vous me paierez toutes les
injures et toutes les impertinences de la mère Pierceau par autant de jours de congé qu’il y
aura de mots et de lettres dans chaque mot. Voilà le pensum
que je vous inflige pour les avanies que vous m’avez values hier. Je n’en rabattrai
rien.
Dites donc j’ai reçu mes étrennes. Voime,
voime, je les ai payées aussi. Ça mitige un peu le mérite de la chose. J’ai
donné vingt sous au facteur qui m’a donné en échange un
almanach pour 1844. Voilà, mon Toto, les folies auxquelles je me livre quand vous
n’y
êtes pas, y compris celle de me jeter un seaua d’eau de puits sur le corps à trois heures du matin. Tout cela
peut être fort gaib mais je veux encore
autre chose. Devinez quoi : vous ne devinez pas. Ah ! bien, je vous le dirai dans
le
tuyau de l’oreille quand nous serons en tête à tête ou nez à nez si vous l’aimez
mieux. En attendant je trouve que vous vous faites bien tirer les oreilles pour venir
un pauvre petit moment.
Juliette
a « sceau ».
b « gaie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
