« 5 octobre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 151-152], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11418, page consultée le 26 janvier 2026.
5 octobre [1842], mercredi après-midi, 2 h. ½
Il paraît que vous avez trouvé votre homme, comme vous dîtes, mon amour, puisque vous n’êtes pas venu ? J’avais bien envie de croire que votre homme n’était qu’une femme mais ce serait si infâme que je me suis arrêtée en route. J’aime donc mieux, à tout événement, vous croire avec un Guyot1 quelconque qu’avec une Guyotte de contrebande. Pauvre amour adoré, il est impossible que tu me trompes parce que je t’aime trop et que j’en mourrais et que tu es trop bon, trop noble et trop au-dessus des autres hommes pour vouloir la mort d’une pauvre femme qui a mis toute sa vie, tout sa joie et toute son âme dans ton amour. Aussi, mon cher bien-aimé, je suis tranquille, si non patiente, je t’attendsa avec confiance et je te désire de tout mon cœur. Tâche de venir avant ce soir, mon Toto chéri, la journée me paraîtra moins longue. Je vais vous CORMODER votre ceinture tout à l’heure. Quoiqu’il fasse très beau, j’allumerai un peu de feu parce que le froid de pied et le mal de tête sont en permanence chez moi. J’aurais bien désiré marcher avec toi mais il n’y a pas beaucoup d’apparence que tu puissesb me faire sortir aujourd’hui. Hier, tu me l’as proposé mais avec une espèce d’instinct du bonheur qui devrait m’arriver. J’ai refusé. QUEL BONHEUR !!! Il y avait longtemps que je ne m’étais trouvée à pareille fête. Mon Dieu que c’est donc beau !!! Merci, merci, mon adoré bien-aimé, tu seras admiré par tous ceux qui verront ta pièce mais jamais personne ne l’écoutera avec autant d’amour et de ravissement que ta pauvre vieille Juju hier au soir2. Je t’aime, mon Victor, depuis dix ans, toujours plus, jamais MOINS. Tu es mon noble et sublime poète, tu es mon doux et charmant Toto, je t’aime. Je baise tes chers petits pieds. Je voudrais être à ce soir pour baiser ta belle bouche rose.
Juliette
1 On ne sait s’il s’agit du Guyot agent dramatique, ou du libraire Adolphe Guyot.
2 Victor Hugo a achevé la deuxième partie des Burgraves le 2 octobre.
a « je te t’attends ».
b « puisse ».
« 5 octobre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 153-154], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11418, page consultée le 26 janvier 2026.
5 octobre [1842], jeudi après-midi, 4 h. ½
Vous êtes à l’Académie, mon cher petit homme, tâchez de n’aller que là1 et de me revenir le plus vite possible. Je suis déjà très très
affamée de vous. Je n’en peux plus d’amour pour vous, avec mille fois plus de raison que ce
cher petit gamin qui se sert de ses expressions [illis.] sans en connaître la portée.
Moi je sais très bien ce que je dis et ce que je sens et je vous répète que je n’en
peux plus d’amour pour vous et qu’il faut que vous reveniez tout de suite. Je ne sais
vraiment pas pourquoi je vous écris, si ce n’est pour ma conscience et pour mon
plaisir particulier, car vous ne lisez pas tous ces gribouillis, mais même vous ne
vous donnez pas la peine de les emporter. C’est égal, je recontinue de plus belle
et
avec d’autant moins de gêne que je sais que vous ne verrez pas un traître mot de
toutes les bêtises que je vous écris. Toto, cher petit Toto, je vous aime de toute
mon
âme, vous êtes mon astre éblouissant, vous êtes la fleur de mon âme, vous êtes mon
bien-aimé que j’admire et que j’adore. Je pense à vous le jour, je rêve de vous la
nuit. Vous êtes toute ma vie et tout mon bonheur. Je vous aime. Je vous aime. Je vous
aime.
Voilà un bien beau temps pour notre petit petit Toto et qui va achever sa
guérison2. Pauvre cher petit, ce sera une bien grande joie et un
bien grand bonheur pour nous tous que le jour où il n’y aura plus trace de sa trop
longue et trop cruelle maladie. Ce jour-là, je veux que tu me donnes uneaCULOTTE un peu FONCÉE ou je me fâche pour de bon
et pour toute la vie et les jours. Je ne l’aurai pas volée, je crois, car depuis deux
ans, Dieu sait qu’en fait de culottes3 je n’ai même pas eu
la simple feuille de vigne de la nature. C’est affreux. Taisez-vous. VA DONC. Vous
pensez bien, mon amour, que tout ce que je vous dis là, ça n’est pas ENTRE NOUS
puisque je suis sûre que vous ne lirez jamais ce gribouillis. Ca ne m’empêche pas
d’y
mettre un million de baisers à moisir dedans.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise.
2 François-Victor Hugo se remet d’une grave maladie pulmonaire.
3 Jeu de mots sur les deux sens du mot « culotte » (sous-vêtement, ou repas festif).
a « un ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
