11 novembre 1839

« 11 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 39-40], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10329, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon petit homme chéri. Comment vas-tu, mon adoré petit bien-aimé ? Bonjour, mon Toto chéri. J’ai rêvé de toi toute la nuit et aussi de mon petit bijou de Toto. Malheureusement, tu n’étais pas là pour me réveiller ni pour me consoler mais mon rêve était affreux comme celui que j’ai fait la dernière nuit que nous avons passée sur les bords du Rhône. Je suis encore toute bouleversée ce matin. Tu sais ce que c’est que ces cauchemars où on sent sa vie s’en aller sans pouvoir la retenir ? Eh bien voilà ce qui m’est arrivé cette nuit dans mon premier sommeil. Cependant ça ne peut pas être un avertissement car tu ne me trompes pas, j’en suis bien sûre. Et dans le moment où j’étais si malheureuse et si accablée, tu travaillais pour moi, pauvre bien-aimé, adoré comme un pauvre ange adoré que tu es. Je t’aime, mon cher petit homme. Je t’aime de toute mon âme. Je suis en extase devant ta pensée qui ne m’occupe que de toi. Je ne vois que toi. Je ne pense qu’à toi. Je t’aime, va. Je croyais que tu viendrais cette nuit ou ce matin déjeuner avec moi mais je me suis trompée. Pauvre adoré, tu as sans doute travailléa tout ce temps-là au risque de te rendre malade car ce que Mr Louis a dit pour Toto s’applique surtout à toi, mon pauvre bien-aimé et je ne te dis pas jusqu’où vont mes inquiétudes. Je t’en prie, mon petit homme, ne te force pas trop et tâche de prendre quelques nuits de repos au moins quelques heures chaque nuit car il est impossible que ta santé résiste toujours à cet excès de travail. Je t’aime, mon adoré. Je t’aime. J’ai besoin de ta santé et de ton amour pour vivre, aussi je te supplieb de me les garder tous les deux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « travailler ».

b « suplie ».


« 11 novembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 41-42], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10329, page consultée le 24 janvier 2026.

Il est déjà bien tard, mon adoré, quoique ma pendule avance de beaucoup. Mais mon impatience avance encore davantage et il me semble qu’il y a plus d’un jour que je n’ai vu ta charmante petite figure. J’ai eu le blanchisseur tout à l’heure et j’ai été obligée de me servir de l’argent de Suzanne pour le payer. Le tout se montait à 22 francs 5. Ainsi si tu m’apportes de l’argent encore aujourd’hui il sera tout de suite dépensé car en général il l’est toujours d’avance. Je voudrais pour te soulager un peu que tu prennesb cette boîte, je n’en ai pas besoin, vraiment, et je me sentirais délivrée d’un grand poidsc si tu consentais à t’en servir. Du reste, je n’ai vu personne que Résisieux qui est chez moi au moment où je t’écris. J’ai bien besoin de voir ta chère petite personne, je suis si seule quand tu n’es pas avec moi que c’est une conscience à toi de venir le plus que tu peux. M’aimes-tu, mon Toto ? M’aimez-vous, mon petit homme ? Il faudra que je vous demande, si vous voulez remporterd vos serviettes, elles sont toutes revenues de la blanchisseuse aujourd’hui. Je les ai misese de côté à ta disposition. Il faudra que nous allions voir ces armoires car si c’est vraiment une occasion, il faut tâcher d’en profiter. Je voudrais bien aussi et par-dessus toute chose que vous veniez cette nuit vous reposer près de moi au risque de subir le déjeuner de rigueur… Cependant si cela vous effraief par trop je me contenterai de vous dans mon lit à l’état de marmotte et d’homme qui dort. J’ai l’amour et l’adoration dans le cœur et je T’INSULTE comme je peux mais cela ne me réussit guère et vous n’avez pas plus de cœur que rien du tout. Baisez-moi alors et revenez tout de suite me punir comme je le mérite. Je vous aime.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « 9 ».

b « prenes ».

c « poid ».

d « remporté ».

e « mise ».

f « effraye ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.