« 21 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 176-177], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1390, page consultée le 06 mai 2026.
21 mai [1838], lundi matin, 10 h.
J’ai eu confiance en vous cette nuit, mon petit homme, et cependant ni Toto, ni lettre. Je ne vois rien venir. Je suis bien triste. C’était le cas ou jamais d’être exact à tenir vos promesses, mon adoré. Enfin peut-être que ce n’est qu’un retard, mais en amour le temps perdu ne se retrouve jamais, vous le savez aussi bien que moi, et si ce n’était le souvenir de notre petit festin d’hier au soir, je me croirais la plus oubliée et la [plus] délaissée des femmes. J’ai rêvé de vous toute la nuit, mon petit homme ainsi que je le fais toutes les nuits, je vous aimais de toute mon âme comme je vous aime encore à présent. La veille ni le sommeil ne change rien à mon amour, seulement c’est toujours dans le moment présent que je crois que je vous aime le plus. Pourquoi donc que tu n’es pas venu cette nuit, mon bien-aimé ? J’aurais été si heureuse de passer la nuit de ma fête1 dans tes bras, d’avoir ton haleine plus parfumée et plus pure qu’un bouquet à respirer, que c’est bien mal à toi de m’avoir fait banqueroute de cette nuit qui aurait été si ravissante et si bien employéea. Au lieu de cela je suis triste et désappointéeb et je ne vous écris qu’une petite lettre. Toto n’est pas i mais je l’aime mieux que jamais et je l’attends avec toutes sortes d’amour sur les lèvres.
Juliette
1 Hugo et Juliette ont l’habitude de fêter la Sainte Julie le 21 mai, veille de sa date officielle.
a « emploiée ».
b « désapointée ».
« 21 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 178-179], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1390, page consultée le 06 mai 2026.
21 mai [1838], lundi après midi, 2 h.
C’est bien vrai, mon adoré, que je suis une vieille méchante et une bête et que tu
es
trop bon de m’aimer ainsi. Mais l’impatience c’est comme la jalousie, cela rend
injuste et stupide. Depuis ce matin, mon adoré, je comptais les minutes en attendant
ta chère petite lettre et à chacune d’elles qui s’écoulait sans rien m’apporter, je
t’accusais d’oubli et d’indifférence. Pardonne-moi mon Toto de t’aimer trop. Oui
certes, je me contente de l’amour. Je ne changerais pas la
part que tu m’as donnée pour toutes les richesses de la terre et du ciel. Un regard
de
toi brille plus à mes yeux que toutes les pierres précieuses du monde, un mot de ta
bouche me rend plus fière que tous les [titres ?] et que toutes les
couronnes du monde, ton haleine me parfume plus que tous les parfums de la terre,
un
baiser de toi m’ouvre le ciel. Si je n’ai pas comme toi, mon bien-aimé, la force et
la
beauté, le génie et la poésie, j’ai l’amour le plus vrai et le plus entier. Je suis
toute à toi et toujours je ne pense qu’à toi, je ne vis qu’en toi. Ton bonheur c’est
ma joie, tes rêves sont mes songeset tes larmes mes pleurs1. Je consens à n’avoir qu’un visage à nous deux pourvu que
ce soit le tien qui me serve ; je ne suis déjà pas si bête comme vous voyez.
J’ai baisé toutes les lettres de tous les mots adorables de ton écriture bien aimée.
Je n’essayerai pas de te dire mon ravissement en lisant ta chère petite lettre et
tes
admirables beaux vers. Je n’ai pas envie d’effeuiller la belle fleur d’adoration
qu’ils ont fait éclore dans mon âme pour t’en montrer les pétales une à une. Je t’aime. Avec ce mot là tu vois tout, tu devines tout ce qui
se passe dans mon cœur. C’est un miroir fidèle et qui reproduit mieux que des mots
les
sentiments tendres et passionnés qui dansent et qui chantent de joie à ta vue. Je
t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
Juliette
1 Pour la Sainte Julie, Victor Hugo offre à Juliette Drouet son poème « À cette terre où l’on ploie » qui figurera dans Les Rayons et les Ombres, écrit la veille. Le dernier quatrain en est : Dans ce monde de mensonges,/Moi j’aimerai mes douleurs,/Si mes rêves sont tes songes,/Si mes larmes sont tes pleurs !
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
