« 28 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 220-221], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11463, page consultée le 25 janvier 2026.
28 décembre [1837], jeudi midi
Bonjour mon petit homme adoré, bonjour. Comment vont tes yeux et toute ta chère
petite personne ? Tu les avais bien malades cette nuit tes pauvres yeux, et tu
paraissais bien fatigué. Je crains que tout cela à la longue ne t’empêche de m’aimer,
aussi je voudrais au prix de ma vie gagner assez d’argent pour que tu n’aiesa plus cette pénible tâche à accomplir toutes
les nuits. Je t’aime, va. Je souffre quand je sens que je suis un fardeau pour toi.
Ô
mon pauvre adoré, quand donc n’aurai-jeb à te demander que de l’amour ? Ce jour-là je
serai bien heureuse car tu n’auras plus d’autre souci que de me rendre heureuse tandis
qu’à présent la nécessité de me donner du pain t’occupe jour et nuit.
Je t’aime
mon Toto. J’ai encore rêvé de toi et avec tristesse, mais cette fois ce n’était pas
ta
faute au contraire car tu m’as défendue à tes risques et périls et c’était bien
consolant et bien doux pour moi.
Tous les matins je vous adresse ma petite
oraison dominicale, mon cher petit Dieu, avec une ferveur et
une foi en vous qui rendrait jaloux celui du ciel si Dieu pouvait être jaloux.
Je
vous attends de toutes mes forces et je baise vos pieds de toute mon âme.
Juliette
a « ai ».
b Ce mot est suivi de « qu’ », redondant.
« 28 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 222-223], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11463, page consultée le 25 janvier 2026.
28 décembre [1837], jeudi soir, 8 h. ¾
Je pense à toi mon adoré. C’est comme si je te disais mon Toto je vis, je respire,
je t’aime avec tout mon cœur. Aime-moi un peu, j’en ai bien besoin. Ma santé, ma vie
en dépendent. Quelle joie ce serait pour moi si tu pouvais me donner une bonne soirée entière pour très tôt. Il me semble que je rajeunirais
de quatre ans1. Il me semble que je reviendrais à ce bon temps où tu m’aimais, où tu me
le prouvais. Ô si tu pouvais, dis, comme nous emploierions
bien cette soirée-là. Il me semble que j’y suis déjà. QUEL BONHEUR ! Mais tu ne
voudras pas car tu n’es plus amoureux de moi, c’est bien sûr. Je ne veux pas trop
me
le dire dans la crainte d’y croire trop à ce refroidissement. Je suis déjà bien assez
malheureuse sans ça.
J’ai dîné avec Mme Pierceau. J’espère que ce dîner me passera car il a
été léger. Soirpa. Soir man. Je t’aime. Je voudrais être dans ta pensée comme tu es dans la mienne. Je
serais plus tranquille et plus heureuse. Je voudrais bien te baiser autrement qu’en
idées. J’ai faim et soif de vous.
Juliette
1 Juliette et Victor se sont rencontrés en 1833, quatre ans plus tôt.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
