« 17 février 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 105-106], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8671, page consultée le 25 janvier 2026.
Bruxelles, 17 février 1852, mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon bon petit homme, bonjour mon cher petit matinal, est-ce que vous êtes
déjà levé ? Il me semble que c’est bien contraire à vos habitudes de rêvasserie. Cela
me fait regretter plus que jamais que vous ayez pris pied chez vos tabatières1 dont l’activité
exorbitante vous réveille à six heures du matin. Du reste ce ne sera pas pour
longtemps si le guet-apensa de
M. Bonaparte se réalise. D’ici-là je vais mettre tes papiers en ordre à tout
événement. De ton côté, mon cher petit homme, tu ferais bien d’écrire à ce directeur
de la douane pour lui demander cette franchise d’entrée pour 19 pièces d’argenterie
dépareillées. Il serait absurde de laisser cette chose derrière nous faute d’une
démarche aussi simple que celle d’écrire quatre mots au chef des gabelousb. Je te le demande avec persistance,
mon pauvre homme, et au risque de te tanner beaucoup parce que je ne peux pas te
remplacer dans cette corvée nécessaire. Songe donc, mon pauvre adoré, que cela peut
être une ressource dans un cas donné et Dieu sait que nous n’en n’avons pas de trop.
Allons, mon petit Toto, un peu de courage, à la plume, hardi !
Mlle Suzanne
Blanchard, arrivée à Bruxelles le 27 janvier dernier, venant se fixer à
Bruxelles et demeurant chez M. Luthereau
demande la faveur d’entrer quelques couverts sans payer de droit. C’est aussi simple
que cela. Dans le cas où on ne l’accorderait pas on les ferait retourner sur Paris.
Pour cela il faut que Mr le directeur se donne la peine de
répondre. Vous voyez que je vous mâche la besogne. Mon petit homme, c’est à vous à
digérer le reste maintenant mais PAS UNE MINUTE DE RETARD.
Cher petit homme, je
ne sortirai pas avec M. Luthereau tantôt. J’ai tes papiers
à ranger et diverses choses à faire. Je préfère rester chez moi à moins que tu ne
veuilles être de la partie et alors j’en suis de tout pied et de tout cœur.
Juliette
1 Le logement au no 27 de la Grand’Place ou place de l’Hôtel de Ville que Victor Hugo loue depuis le 1er février est situé au-dessus d’un débit de tabac.
a « guet à pend ».
b « gabeloux ».
« 17 février 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 107-108], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8671, page consultée le 25 janvier 2026.
Bruxelles, 17 février 1852, mardi, midi
Je t’ai fait dire, mon doux aimé, que je ne sortirai pas aujourd’hui pour t’inspirer
la bonne pensée de venir travailler auprès de moi, si rien ou personne ne te retient
chez toi. Du reste il fait un temps peu propre aux visites et je ne serai pas surprise
que tu n’en aiesa pas
aujourd’hui. Cependant je n’ose pas trop m’y fier avec les péronnelles lettrées qui
brûlent le pavé de leur pied boiteux par tous les temps et à toutes les heures du
jour
et de la nuit sous prétexte de poésie et de libertinage. Enfin, mon petit homme, je
serai bien heureuse si vous pouvez me donner quelques instants avant ce soir.
Est-ce que tu n’as pas encore reçu de lettre de Paris ??????b C’est bien long, pour ne pas dire bien
invraisemblable. Cependant si tu m’affirmes que non, je te croirai parce que je n’ai
pas le droit sous des apparences plus ou moins trompeuses de te croire le plus perfide
et le plus faux des hommes. Il faudra bien que tout s’éclaircisse un jour ou l’autre,
ainsi il n’y a que patience, courage et confiance à avoir pour que tout se découvre
selon la vraie vérité. En attendant je te crois, mon bon petit homme, et je t’aime
avec un saint respect.
Je vais m’occuper de trier tes papiers, cela te donnera
le temps de venir, si tu peux venir, mais quel temps ! Est-ce que tu iras, malgré
cette froide pluie, à Louvain demain ? Il y a de quoi attraper sept rhumes les uns
sur
les autres. À ta place je préviendrais M. Van
Hasselt et je remettrais au beau temps cette visite archéologique. Tu
n’as plus que très peu de temps pour te décider. Penses-y mon Victor et viens me
trouver le plus tôt possible.
Juliette
a « n’en n’aies ».
b Juliette utilise bien six points d’interrogation pour marquer son étonnement.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
