« 19 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 139-140], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1478, page consultée le 01 mai 2026.
19 septembre [1846], samedi soir, 10 h. ¼
Comment, je n’aurai pas le plus petit Caudebec à mettre dans mon bec cette année1, mon Toto ? C’était bien la peine de venir me le mettre à la bouche hier alors, vilain méchant. Cependant il me semble que ce serait possible et pas trop dispendieux si vous ne vouliez emmener que moi. Il est vrai que ce pauvre petit Toto deux2 ne serait pas content mais je ne suis pas payée pour prendre ses intérêts, chacun pour soi et le chemin de fer pour tous... ceux qui en veulent. J’ai bien envie de m’emparer de la grenouille3 ce soir et de partir devant. Je serai sûre comme cela que vous viendrez la rechercher où je serai. Cette idée n’est pas à dédaigner et j’y vais songer à loisir tout à l’heure. Vous savez, mon cher petit homme, que les samedis sont des jours de grand sabbata chez moi et exclusivement réservés pour les lessivages de tous genres ? Aussi ai-je tout fourbi aujourd’hui de fond en comble jusqu’à moi-même. J’aurais voulu être prête pour le moment où vous êtes venu mais cela ne m’a pas été possible avec tous les dérangements que j’ai eusb toute la journée. Demain ce sera bien différent car je serai sous les armes de très bonne heure. Et puis je copierai ce que je n’ai pas pu faire aujourd’hui parce que je savais que tu n’en n’avais pas besoin tout de suite de ta copie. Il y a un mot qui m’arrête, le seul que j’aie remarqué dans tout le manuscrit, que j’ai lu et relu trois fois. Je te le demanderai tout à l’heure quand tu viendras. D’ici là, je pense à vous, je vous attends, je vous désire, je vous aime et je vous baise de toutes mes forces.
Juliette
1 Victor Hugo et Juliette Drouet lors de précédents voyages en Normandie, ont fréquenté un hôtel de Caudebec-en-Caux, à quelques kilomètres de Villequier.
2 Il s’agit de François-Victor que Victor Hugo emmène à Vert-le-Grand avec Charles.
3 Populairement, la grenouille désigne la tirelire (à l’origine en forme de grenouille), la somme d’argent qui a été mise en réserve par une association. « Manger la grenouille » : dérober, s’approprier une somme d’argent pour le dilapider.
a « sabat ».
b « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
