17 mars 1838

« 17 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 158-159], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.764, page consultée le 05 mai 2026.

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Bonjour, mon petit homme adoré, comment as-tu passé la nuit ? Moi j’ai pensé et rêvé de toi toute la nuit, c’est ce qui peut m’arriver de plus heureux pendant ton absence. Je t’aime mon Toto. Je voudrais te servir à genoux le jour et la nuit me coucher à tes pieds. Je t’aime de toute mon âme, je ne sais pas bien le dire mais je sais bien le sentir. Je t’adore, je voudrais savoir si j’aurai ma petite loge ce soir, ce serait une bien grande désolation pour moi que de ne pas assister de corps, d’esprit et de cœur au triomphe de ma sublime Marion. Mon cher adoré, je ne sais pas t’admirer parce que je t’aime trop. J’ai oublié tous les mots et toutes les idées qu’ils expriment, je n’ai qu’une seule chose avec laquelle je dis tout et à travers laquelle je vois et je comprends tout ce qui est beau, noble et bon, c’est mon amour. Je t’aime veut dire, dans de certains moments, je t’admire. Je t’aime, c’est tout mon esprit, toute ma science, toute ma vie. Je t’aime, je ne sors pas de là, je m’y trouve trop bien.

Juliette


« 17 mars 1838 » [source : BNF, Mss, NAF 16333, f. 160-161], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.764, page consultée le 05 mai 2026.

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Il paraît, mon cher bien-aimé, que je ne verrai pas Marion ce soir ? C’est une surprise agréable que me fait Védel et dont je lui tiendrai compte dans l’occasion. Ne te voyant pas venir, je ne me suis pas habillée. Dans tous les cas où tu aurais à faire au théâtre ce soir, je te prie de me mener avec toi, ce sera toujours autant de bonheur de pris et j’en suis chiche car je ne suis pas très favorisée de ce côté-là. Que deviens-tu donc, mon cher bien aimé, de ce temps où il n’est guère commode de se promener ? J’ai dans l’idée que tu es allé faire des visites et que tu me le caches. Peut-être même iras-tu dîner chez cette madame Turlututu qui t’invite régulièrement tous les samedis ? Alors je comprends l’absence de la loge C. Ce Védel est la complaisance même. Voici que cette idée me trotte par la lettre et jusqu’à ce que je t’aie vua, je ne serai pas tranquille. Que le diable emporte l’amour et la jalousie, on ne peut pas être une minute sans souffrir et sans être comme un rat empoisonné, surtout moi qui renchéris sur ces deux maux de toutes mes forces. Je bisque, je rage, je souffre, je t’aime et tu ne viens pas. Quel bonheur !

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « jusqu’à ce que je t’ai vu ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.