« 28 janvier 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 25-26], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.110, page consultée le 24 janvier 2026.
28 janvier [1838], dimanche, 1 h. ¾ du matin
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon sublime et bien aimé Victor. Pauvre ami
courageux, tu n’as pas encore fini ce travail qui nous sépare depuis si longtemps.
Je
n’ose pas me plaindre et pourtant toute ma joie et tout mon bonheur sont dans les
heures que tu me donnes. Si tu l’avais voulu il y a déjà longtemps que nous serions
délivrés de [phaffenoffen ?] et que nous aurions ajouté bien des heures
de bonheur à notre petit trésor d’amour. Je ne suis pas aussi courageuse que toi,
ou
plutôta je t’aime plus que toi. Ce
n’est pas un reproche, mon adoré, c’est un fait. Toi, tu aimes comme un homme généreux
et dévoué, et moi comme une femme passionnée qui ne voit rien que son amour. Pour
une
heure de toi je donnerais tout ce que j’ai et tout ce que je pourrais avoir un jour
pour une heure de toi tout de suite. Pauvre adoré, quand je pense à ton courage et
à
ta persévérance, je n’ose plus t’aimer qu’à genoux car tu es plus qu’un homme, tu
es
un saint, tu es toi, ce qui est bien plus. Je voudrais être ta servante et baiser
tes
pieds, non pas par bassesse mais par conviction. Ta beauté, ton génie et par-dessus
tout ton ineffableb bonté ont
fait de toi presque un dieu. Mon bonheur serait de te servir comme un enfant et de
te
prier à genoux car je crois en toi comme un Dieu. Pourvu que tu n’aies pas eu froid
dans ta vilaine chambre ! Tu es si peu couvert, je crains toujours que le peu de soin
que tu apportes à ta conservation ne nous joue un mauvais tour. Que deviendraisc-je, mon Dieu, si tu étais malade !
Je veux que tu me fasses faire tes clefs tout de suite, au moins je pourrai
passer les nuits près de toi et te soigner, mais je t’en prie ne sois pas malade et
surtout par ta faute. Je t’en prie si tu m’aimes.
a « plustôt ».
b « innéffable ».
c « deviendrai ».
« 28 janvier 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 27-28], transcr. Nathalie Gibert-Joly, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.110, page consultée le 24 janvier 2026.
28 janvier [1838], 11 h. ¼ du soir
Mon cher petit bien-aimé, vilain, bête, méchant et menteur de Toto, vous n’êtes pas revenu comme vous me l’aviez si bien promis. Je vous aurais écrit bien plus tôt tout mon tas de sottises si MmePierceau n’était pas venue dîner et si elle ne faisait pas que de s’en aller à présent. Je suis furieuse contre vous et même si vous ne venez pas tout de suite juste juste sonnant sonnant vous aurez affairea à moi. Jour, mon petit nono. Sans bêtise, je suis très fâchée contre vous. Je voudrais savoir ce qui vous a empêché de venir ? Du reste, la mère Pierceau m’a formellement demandé la faveur d’assister à la prochaine représentation de Hernani1, avec moi dans ma compagnie. Elle enverra dimanche [papier déchiré] servante savoir le n° de la [Papier déchiré.] loge il y a. À moins que ce ne soit une loge du centre, elle ira partout. D’un autre côté, si je ne suis pas sûre qu’on donne la pièce mercredi ou jeudi de cette semaine, j’irai chercher ma Claire demain. Il est bien juste que cette pauvre petite soit payée de sa peine. Donnant, donnant. m[oi] seule je reste confinée ! Il n’y a que [moi] qu’on ne récompense pas de la peine, de l’ennui et de l’absence auxquelsb je suis en proie depuis un bout de l’année à l’autre. Hum…. Si je vous aimais moins, je me vengerais d’une atroce façon, mais je vous aime, voilà le diable et je suis trop heureuse d’entrevoir le bout de votre nez une fois par jour.
Juliette
J’ai grillé hier ma lettre en voulant la faire sécher à la lampe. [Telle] est l’image de mon cœur et la lumière de vos yeux.
1 Hernani est repris à la Comédie-Française les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février.
a « à faire ».
b « auquels ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
