« 25 février 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 58-59], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12803, page consultée le 24 janvier 2026.
Paris, 25 février 1880, mercredi matin, cinquantième anniversaire d’Hernani, 7 h ½
Cher bien-aimé, pendant que tu tâches d’effacer les ennuis d’une longue nuit
d’insomnie, la gloire d’Hernani monte au plus haut des cieux
et ce soir elle sera visible à tous les yeux qui auronta l’honneur et le bonheur de la contempler à l’observatoire du
Théâtre-Français.1 De tous les passionnés de ton génie qui assisteront à cette
apothéose étoilée, je serai certainement la plus favorisée puisque je la verrai, je
l’admirerai et je l’adorerai dans ta personne vivante, sacrée et bénie. Je voudrais
être déjà à demain pour savoir par le menu, comment s’est passéeb cette fête extra humaine.
Et
puis demain ce sera notre grand grand jour, notre Noël, celui de ta naissance ! Celui
qui depuis soixante-dix-huit ans est inscrit sur le calendrier divin du bon Dieu !
Quel bonheur de te fêter en famille avec tes deux chers petits enfants pour officiants
et avec tout le groupe des fidèles, Paul
Meurice, Vacquerie et tous les
dévots à ton génie. Quant à moi, la gardienne du Saint des Saints, je te prierai de
consacrer ce nouvel anniversaire dans mon précieux livre rouge par une ligne qui
continuera celles écrites au même jour depuis quarante-sept ans par toi.2 Cher
adoré, je voudrais pouvoir t’ouvrir mon cœur comme un tabernacle et te montrer l’amour
sublime qu’il renferme. Jamais homme n’a été et ne sera aimé par une femme sur la
terre comme tu l’es par moi, et je sens que je t’aimerai de même et invinciblement
au
ciel, et pendant l’éternité, quelles quec soient
d’ailleurs les épreuves auxquelles Dieu donnerait encore mon amour. Je te souris,
je
t’aime, je te bénis.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Pour son cinquantenaire, Hernani est repris à la Comédie-Française avec Sarah Bernhardt dans le rôle de doña Sol pendant l’hiver 1879-1880 sous l’administration de Perrin. Le 25 février on y organise un banquet d’anniversaire où personnalités politiques et littéraires sont présentes. Hugo ne manque pas à ce banquet, (contrairement à ce que prévoit ici Juliette), et Sarah Bernhardt, assise à sa droite, déclame La Bataille d’Hernani, poème de François Coppée, à la gloire de Hugo. Le Monde Illustré publie un dessin d’Adrien Marie à la gloire de Victor Hugo intitulé « Le Cinquantenaire d’Hernani à la Comédie-Française », dans son numéro du 6 mars 1880. Il représente, au premier plan, le buste de Victor Hugo couronné de lauriers lors de l’hommage qui lui a été rendu sur la scène du Théâtre-Français.
2 Ce « livre rouge » est le carnet dans lequel sont inscrites les lettres que Victor Hugo écrit à Juliette Drouet chaque 16 février pour célébrer leur première nuit d’amour. Il avait aussi l’habitude de lui écrire pour la Sainte Julie et le jour de son anniversaire. La « ligne » de celui de cette année sera écrite quelques jours plus tard, le 2 mars : « C’est l’année octogénaire, c’est la bonne, je ne te pardonne pas, je trouve que tu as bien fait puisque c’est de l’amour. Je veux tout l’amour comme je veux tout le ciel. Je t’aime. » Ces lettres de Hugo à Juliette sont rassemblées par Jean Gaudon dans Hugo, Victor, Lettres à Juliette Drouet, 1833-1883, Le Livre de l’Anniversaire, texte établi et présenté par Jean Gaudon, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1964, p. 178-179.
a « aurons ».
b « c’est passé ».
c « quelques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
