« 22 novembre 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 318], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1117, page consultée le 27 janvier 2026.
Paris, 22 novembre [18]77, jeudi midi
Cher adoré, ma plume écrit d’elle-même : Bravo ! bravo !! bravo !!! pendant que mon
cœur dit : je t’aime ! et que mon âme ouvre ses deux ailes pour monter jusqu’au faîte
de ta gloire auguste et sublime. Sois béni à jamais !
Quelle soirée ! quelle
soirée !! quelle soirée !!! On eût dit que toutes les mains étaient réunies dans une
seule dans cet unanime applaudissement et on voyait sur tous les fronts s’irradier
ton
éblouissant génie et on entendait l’immense chœur des âmes répétant avec adoration
les
merveilles de ta poésie sacrée et divine1.
Cher adoré, je te dis
tout cela dans une sorte d’ivresse qui dure encore depuis hier. Je n’ai pas encore
repris terre et toutes mes idées titubent vertigineusement dans ma pauvre tête qui
a
peine à les contenir. J’ai beau me raccrocher à tous les prosaïsmes de la vie
domestique, je ne peux pas venir à bout de me remettre en équilibre. Cependant il
le
faut, ne fût-ce que pour appeler ton attention sur les diverses lettres en souffrance
que tu as reçues depuis plusieurs jours. Il y en a une d’Emmanuel des Essarts qui mérite que tu la lises, bien qu’elle me
soit adressée. Il y a aussi ce pauvre Étienne Carjat dont il faut panser la susceptibilité trop motivée par sa déveine
artistique et commerciale2. Enfin, mon trop grand
bien-aimé, j’appelle ton attention sur ceci que tu es la vie de ma vie et l’âme de
mon
âme.
1 Hugo lui-même n’est pas moins satisfait, mais le dit autrement : « 21 novembre. – J’ai travaillé toute la journée à l’Histoire d’un crime. Après dîner, je suis allé à Hernani, j’étais dans la baignoire n° 7. J’ai été complimenter dans sa loge Mlle Sarah Bernhardt. Georges était à la représentation. La foule m’a salué à la sortie (minuit), je suis revenu avec Girardin qui m’a ramené dans sa voiture. » Notons en passant que Hugo n’en a jamais eu une et n’en a toujours pas maintenant que sa fortune, sans doute, le lui permettrait.
2 Le peintre Carjat a écrit une lettre à Juliette Drouet, pour se plaindre de n’avoir pas reçu d’invitation à la première de la reprise d’Hernani, dans une lettre conservée à la Maison Victor Hugo que Gérard Pouchain a portée à notre connaissance.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
- 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
- 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
- 14 maiL’Art d’être grand-père.
- 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en maison de santé pour lui.
- 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).
