« 15 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 306-307], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2161, page consultée le 26 janvier 2026.
15 avril [1836], vendredi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon cher petit CHIROMANCIEN. Vous ne m’aviez pas prédit que vous ne REVIENDREZ pas cette nuit, mais, moi, je l’avais deviné, parce
que je sens la différence qu’il y a entre votre AMOUR et le MIEN. Je vous assure qu’il
n’y a besoin d’être sorcier pour savoir que je vous aime
plus que vous ne m’aimez. C’est une supériorité que vous ne
pouvez pas me contester et dont vous vous souciez fort peu que je crois. D’ailleurs,
mon pauvre ange, d’après votre science, je n’ai pas d’autre
mission que de vous aimer. La ligne[Cette ligne est dessinée ici, verticalement.] du cœur étant très marquée, celle
du bonheur, étant très vaguea, pour ne pas dire absente. Le cœur, en langue chiromantique, c’est l’amour [Nouvelle ligne, encore plus
grande.]. Le bonheur : c’est d’être aimé[Dessinb] et
voilà mon partage.
Je t’aime donc. C’est peut-être à cause de cela que je fais de
ta présence ma joie, de ton haleine mon souffle, de tes yeux mon soleil, de ta voix
ma
musique, de tes paroles un écrin merveilleux où l’œil de l’esprit est ébloui.
Je
t’aime, mon cher adoré. Ce n’est pas ta faute, ni la mienne si tu ne m’aimes pas
autant que je t’aime. Cela tient au petit fouillis que j’ai
dans le milieu de la main. Ou bien à ce que je suis arrivée trop tard, ou bien encore à ce que je suis trop indigne de toi. Mais moi, je
t’aime, je t’aime pour deux, je t’aime pour tout le monde.
J’ai plus d’amour dans mon petit doigt qu’il n’y en a sur toute la terre.
J.
a Autre dessin, vague en effet :

b Petit gribouillage :

« 15 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 308-309], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2161, page consultée le 26 janvier 2026.
15 avril [1836], vendredi soir, 8 h. ¼
Je t’aime, toi. Tu as beau faire et beau dire, je t’aime. Nous verrons si tu tiendras
ta fameuse promesse ce soir. Quant à moi, je suis sous les armes. Je t’aime, toi ; je te trouve beau, toi ; je
t’admire, vous, mon grand Toto. Depuis que je t’ai vu triste et gêné pour ton travail, je veux te donner toute latitude à ce sujet et te
prie de ne plus penser à moi, du moins jusqu’à nouvel ordre.
Je veux que tu
donnes ta pièce où tu voudras, quand tu voudras et à qui tu voudras. L’important pour
moi est que tu sois heureux, que je ne sois pas un obstacle dans tes affaires. Je
veux
que tu ne me comptes plus pour rien dès qu’il s’agit de toi.
Dites donc, mon cher
petit homme, je compte sur votre promesse bien plus que sur
votre menace de ne pas venir. Aussi je vais me coucher, le
cœur plein d’amour et d’espoir. Nous verrons lequel de nous aime mieux l’autre. Je
crois sans amour-propre que ce sera moi. Oh ! oui, je
t’aime. Tu n’en trouveras pas une seconde pour t’aimer comme
je le fais.
J’en suis bien sûre et j’en suis fière.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
