« 10 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 290-291], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2154, page consultée le 24 janvier 2026.
10 avril [1836], dimanche matin, 10 h.
Bonjour mon cher adoré, bonjour. As-tu bien passé la nuit ? Je t’aime ce matin, je
te
désire. Je tremble que cette Dorbec1 ne nous fasse faux
bond. Si cela était je ne sais ce que je deviendrais car j’ai fait une grande
mise de bonheur sur la soirée d’aujourd’hui. Tu ne sais pas combien je vous aime,
vilain petit homme, tu ne sais pas combien j’ai souffert durant toute cette
représentation d’hier, vous ne le saurez jamais parce que vous ne m’aimez pas comme
je
vous aime.
J’ai passé une assez mauvaise nuit à cause du mal de tête qui ne m’a
pas quittée, et puis j’étais triste car j’avais le souvenir récent de tout ce qui
s’était passé ces deux jours-ci. Et le théâtre St Antoine et, quoique vous en disiez,
les belles épaules de Mlle F...2 et le jeu fin et la grâce minaudière de Mlle C. M.3 ne sont pas faits pour me rassurer.
Je te demande pardon
d’avance si je t’offense ou si je t’afflige, mais il faut que je te parle encore du
sujet qui m’a occupée une partie de la nuit : réponds-moi bien franchement car je
t’avoue que j’observerai plus que jamais ton attitude avec moi. Est-ce que ce serait
parce que tu t’ennuies de moi et que je te gêne dans tes affaires que tu as eu
l’intention de faire l’article dont tu m’as parlé hier et
qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un CONGÉ ? Si cela
était, il vaudrait mieux me le dire tout franchement, ce serait moins cruel et plus
digne que de me laisser deviner à travers des mots qui tiennent le milieu entre
l’ordre et le conseil. Mais si cela n’est pas, je baise tes pieds et je t’adore comme
toujours et je suis trop heureuse que tu veuilles bien me garder.
J.
1 À identifier.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
