« 3 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 5-6], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.74, page consultée le 24 janvier 2026.
3 janvier 1836, dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjour mon amour, bonjour mon Toto chéri. Je t’écris un peu tard, n’est-ce pas ?
Je
viens t’en expliquer la cause.
J’ai passé une affreuse nuit et cependant je ne
me suis pas servi de votre Joli Vase mais je n’ai pas pu
dormir depuis 5 h. du matin jusqu’à 8 h. où j’ai appeléaTurlurette, je n’avais pas fermé l’œil. Ce
n’est qu’après avoir fait allumer mon feu que je me suis endormie jusqu’à présent
où
ma première pensée, mon premier bonjour sont pour toi mon adoré.
Tu m’as promis
de venir me prendre aujourd’hui pour recommencer nos excursionsb. J’y compte et je vais me tenir
toute prête.
Mon Dieu, que l’espoir que tu m’as donné me fait de joie déjà en
perspective. Voici un éclair qui illuminera une bien bonne
et bien heureuse soirée pour nous autres pauvres petites affamées [illis.] d’amour que
nous sommes.
Pendant tout le temps où je n’ai pas dormi, j’ai regardé ma belle
petite fontaine et ce matin Turlurette me l’a donnée à admirer dans mon lit. C’est
décidément la plus belle et la plus unique chose que j’aie jamais vue. Sans vous faire
de tort, car vous êtes aussi, vous, mon cher petit po.... le plus unique et le plus
admirable que Dieu, l’ouvrier universel ait jamais fabriqué, soit sur la terre, soit
dans le ciel. Aussi, je passe ma vie à vous regarder au-dedans de moi comme je passe
mes heures à contempler mon joli pot.
Juliette
a « appellé ».
b « excurtions ».
« 3 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 7-8-9], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.74, page consultée le 24 janvier 2026.
3 janvier [1836], dimanche après-midi, 1 heure ½
Bonjour mon cher adoré, bonjour vilain, vous passez la permission de ne pas venir
car enfin j’ai de l’argent. Il y a huit jours que vous n’êtes pas venu déjeuner. J’ai
refusé MmeGuérard ce matin, comptant sur vous, et vous
n’êtes pas venu. C’est très mal et très méchant. Si je pouvais vous aimer moins ce
serait une fameuse occasion que celle-ci. Au surplus, je suis dans un accès de
jalousie depuis hier. Cette éclaboussure totale dont vous avez revêtu hier pendant
que
le thermomètre descendait quinze degrés au-dessous de zéro et que tous les ruisseaux
étaient métamorphosés à [RAIL-WAI ?], tout cela, dis-je, joint à une
certaine lettre du directeur de Saint-Antoine1 qui vous priait d’assister à la 1re représentation d’une pièce digne de vous : LE BAL DES
BOSSUS, tout cela m’a donné à penser et je ne serais pas du tout contente de mes
conjectures et encore moins de votre conduite. Aussi je suis de très mauvaise humeur
et les Guérard n’ont qu’à bien se tenir car il paraît qu’ils viennent tous les deux
à
ce que dit ma servarde qui ne les a pas vusa mais qui prétend être bien renseignée, ce
dont je prends la liberté de douter jusqu’à nouvel ordre.
À qui donc avez-vous
fait les honneurs du Messager et du Journal de Paris hier ? Je voudrais le savoir pour les leur emprunter (ces
deux journaux) car d’après ce que vous m’en avez dit le procès de Chazal2et de Trisse-à-patte est des plus intéressants et puis je ne
serais pas fâchée de connaître l’opinion des journaux de l’opposition sur la
dissolution de la Chambre. Je vous prie donc, mon Toto, de me dire dans le plus bref
délai quelles sont les heureuses créatures que vous avez favorisées à mon détriment ?
Je vous écris une grosse lettre dans le cas où j’aurais les Guérard et où je ne
pourrais pas m’en débarrasser avant minuit. Je vous aime, vilain homme, je suis
furieuse contre vous, pourquoi que vous n’êtes pas venu ce matin ? Fue, fue, comme
la
chatte et avec mes griffes encore.
Juliette
1 Anténor Joly et Ferdinand de Villeneuve dirigent le Théâtre de la Porte-Saint-Antoine, avec lequel Juliette Drouet est en tractations pour un engagement qu’elle finira par refuser.
2 C’est le nom du mari de Flora Tristan qui, effectivement, a des démêlés judiciaires avec lui en 1835-36. Mais le nom est fréquent.
a « vu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
