« 29 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 77-78], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10895, page consultée le 25 janvier 2026.
29 avril 1843, samedi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon cher Toto bien-aimé, bonjour mon cher adoré. Tu n’as pas été mouillé
cette nuit, j’espère, ni tes chers petits pieds non plus ? Comment vont tes yeux bien
aimés ? Il me semble que l’eau et le vinaigre ne les soulagent pas beaucoup ? Si tu
essayais maintenant de ton eau de pavots ? Peut-être qu’elle te ferait du bien. Je
voudrais ne pas te voir souffrir, mon bien-aimé, tu es si bon et si doux qu’il y a
plus que de la cruauté de la part du bon Dieu à te faire souffrir. Quant à moi, mon
cher petit, je suis bien mieux que cette nuit. Je ne me sens plus à peine de ma
courbature et mon bras est bien moins enflé et moins douloureux qu’hier. Je suis prête
à recommencer aujourd’hui la ravissante promenade d’hier quoique le temps ne s’y prête
pas beaucoup. Il n‘y a pas à s’en plaindre, cependant, car nos Burgraves ne demandenta que
pluie et bosse.
À propos des Burgraves, je continue de plus en plus à être bien vexée de ne pouvoir pas
aller les voir. C’est bien méchant à vous, mon Toto, de me priver aussi longtemps
du
seul plaisir que j’aie en dehors du bonheur d’être avec vous. Sans parler de ma pauvre
péronnelle pour qui ce sera aussi une véritable privation. Vous êtes très méchant
et
très bête. Voilà ce que vous êtes pour de bon et pour de vrai ; taisez-vous ! Je vous
défends d’aller voir les boutiquières du Palais-Royal si vous ne voulez pas faire
connaissance avec mes griffes.
Je vous dirai, chemin faisant, que ma cocotte est
intacte et ne se ressent pas du tout de sa chute d’hier. C’est une cocotte dramatique
de première force. Ceci me fait souvenir que Richi vous a remis une bonne lettre hier. Pour peu que son premier comique soit aussi drôle que lui je vous conseille de lui faire
obtenir un engagement de trente-cinq ans au théâtre Royal de Quimper-Corentin. Voilà
ce que vous attirent vos privautés avec votre perruquière. Bientôt vous serez
entraînez à dédier vos ouvrages à l’illustre merlan1 dont vous admirez la femelle.
Voime, voime, cela vous fera beaucoup d’honneur
et à moi aussi pôlisson.
Juliette
1 « Merlan » est l’argot pour « coiffeur », profession de Richi.
a « demande ».
« 29 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 79-80], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10895, page consultée le 25 janvier 2026.
29 avril 1843, samedi soir, 5 h. ½
Voilà une petite pluie, bien mal avisée. Elle aurait dû mieux choisir son heure pour
tomber, cette petite scélérate. Cependant il vaut encore mieux ce temps-ci que le
soleil lourd et chaud d’hier. Je voudrais bien, mon Toto, que ce fût une raison pour
toi de venir t’abriter chez moi ; mais c’est peu probable et je ne veux pas y compter
pour ne pas éprouver de désappointement trop vif. Je suis aussi sensible au chagrin
de
ne pas te voir que le premier jour. Ainsi tu pensesa si j’ai bien lieu d’être bien souvent joyeuse. Ma pauvre
péronnelle va être trempée comme un caniche. On dirait que ce temps est fait exprès
pour elle et pour la queue des Burgraves. Chaque fois qu’elle vient ou qu’on les joue il pleut à des heures
indues. C’est très bête de la part du bon Dieu. Il est vrai que vous avez vu Mme Colet née
Révoil mais moi qui n’ai rien vu du tout je ne me trouve pas suffisamment indemnisée
comme cela. Tâchez donc de venir bien vite ou sinon je vous promets d’être plus d’à
moitié morte ce soir car j’ai un mal de tête et une irritation de nerfs qui ne
promettent pas poire molle pour vous si vous ne vous dépêchez pas de venir me baiser
sur toutes les coutures. Mon cher petit homme je vous adore, ça n’est pas neuf mais
c’est bien vrai. Je n’ai de joie et de bonheur qu’en vous mais vous me faites la part
trop petite.
Tu es venu, tu es venu, mon bon ange. Sois bénib. Je t’aime.
Juliette
a « pense ».
b « bénis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
