« 25 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 257-258], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4253, page consultée le 04 mai 2026.
25 mars [1843], samedi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher petit homme adoré. Tes pauvres yeux
sont-ils moins malades ce matin ? Tu as encore beaucoup à travailler aujourd’hui mais
il faut espérer qu’après aujourd’hui, tu te soigneras et tu te reposeras, enfin. Il
faut bien aussi que toi, qui as tant de sollicitude pour ceux que tu aimes, tu en
aies
un peu pour toi.
J’ai hâte de savoir ta pièce publiée1 pour
te soigner et pour te dandiner dans mon lit. Tu verras, mon cher amour, comme j’aurai
bien soin de toi. En attendant, il ne faut pas trop fatiguer tes beaux yeux, si tu
peux, et te faire remplacer dans tout ce qui est lecture et écriture par moi et par
Toto. Je ne dis pas moi toute seule parce que je ne sais pas
assez écrire pour de certaines choses. Mais pour tout ce
qui est possible, je suis trop heureuse que tu daignes m’en charger.
Je n’ai pas
encore vu la mère Lanvin. Elle était bien
souffrante l’autre jour. Peut-être ne pourra-t-elle pas venir aujourd’hui. Dans tous
les cas, son mari viendra, je pense, voir s’il y a des places pour lui. Je ne partirai
toujours pas, quant à moi, avant 7 h ½ ce soir pour te donner le temps de venir avec
moi si tu peux. Quel bonheur si cette représentation de ce soir pouvait se passer
comme la dernière ! Jusqu’à présent les représentations bonnes et mauvaises ont
tellement alterné que je n’ose pas me fier d’avance à celle de ce soir. Je serais
bien
heureuse si je pouvais être sûre qu’elle sera aussi magnifique que la dernière.
Beauvallet surtout m’inquiète plus que
jamais2. Je voudrais
être à douze heures d’ici pour savoir comment cela s’est passé.
En attendant,
mon cher adoré, je te verrai bien un pauvre petit moment dans la journée pour prendre
de la confiance et du bonheur dans un baiser sur ta belle bouche ? J’espère que tu
viendras souper ? J’ai fait acheter ce qu’il faut pour ça. Tu auras une tasse de
bouillon froid tantôt si tu veux. Tâche de souper ce soir auprès de moi.
Suzanne est la plus heureuse des servardes
d’aller encore ce soir aux Burgraves. Elle y prend goût,
comme tu vois. J’aime autant l’emmener que de la laisser flâner chez le portier ou
sortir à droite et à gauche. Je suis plus tranquille et plus sûre d’elle de cette
façon.
Toto je vous aime. Je vous aime mon petit homme, mon Victor, je
t’adore.
Juliette
1 Le 25 mars est la date imprimée de la Préface des Burgraves.
2 Juliette Drouet impute au jeu déplorable de Beauvallet dans le rôle de Job les déboires des Burgraves.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
