« 26 février 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 183-184], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4079, page consultée le 01 mai 2026.
26 février [1843], dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher amour de mon âme, bonjour, je t’aime. Tes
pauvres yeux vont-ils mieux ce matin ? Es-tu moins fatigué et moins triste qu’hier,
mon adoré ? Toute la nuit j’ai rêvé de toi. J’ai interprété ta tristesse au profit
de
ma jalousie de sorte que j’ai eu un de ces cauchemarsa que tu connais, dans lesquels j’étouffe, je crie, je
pleure, je souffreb comme une damnée.
Il est vrai qu’à travers tout ça j’ai brûléc ma chemise peignoird et que
je ne pouvais pas éteindre les flammes qui m’enveloppaient.
Tu sais que c’est signe de joie et comme le rêve est pour
celui à qui on le dit quand on est à jeun, je me dépêche de
te le dire afin que tu en profites, mon adoré, parce que ma joie c’est la tienne.
Je
ne suis heureuse que par toi.
Ma Clairette est à la messe. Si tu avais pu la voir
hier à Lucrèce1, elle t’aurait fait
plaisir : les yeux lui sortaient de la tête d’étonnement et d’admiration, ou bien
elle
pleurait comme une madeleine à tous les endroits pathétiques de la pièce ; enfin,
j’ai
été très contente d’elle. Si elle pouvait entendre souvent de pareils chefs-d’œuvre,
elle deviendrait une petite personne très distinguée. Je serais très femme à te
demander à retourner ce soir à Lucrèce mais je ne le ferai
pas parce que je sens que cela te cause trop de dérangement. Mais ce n’est pas l’envie
qui me manque. L’appétit vient en mangeant et j’ai une faim du diable de tout ce qui
est toi.
Ne sois plus triste, mon bien-aimé, je t’en prie, je t’en prie, que
veux-tu que je fasse pour te faire sourire ? Dis-le moi, je le ferai tout de suite
mon
Toto bien-aimé. En attendant, je suis triste de ta tristesse, mon pauvre ange et je
t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Lucrèce Borgia est reprise à l’Odéon.
a « cauchemards ».
b « soufre ».
c « brûlée ».
d « peignoire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
