« 30 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 187-188], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4337, page consultée le 26 janvier 2026.
30 août [1841], lundi soir, 9 h. ¾
Je viens de faire une séance avec Mme Besancenot et ses filles un peu longue, un peu
fatigantea et un peu
MAHULANTE1. Entre autresb gentillessesc de la dame, elle admire Buessard
et ne comprend pas comment on a pu renvoyer un homme comme ÇA2. Tu juges si je M’AI AMUZÉEd tout ce temps-là, j’aurais préféré cent fois aller ressortir des
[essevaux pour écheveaux ? ?] et faire
une tête de sien que d’en tenir une à une pareille badoularde. Enfin, grâce au ciel la voilà partie et
j’en rends grâce à la nature.
Toto, et mes
statuettes3 ? Et mon Ruy Blas4 ? Et mon bonheur ? Et mon amour, qu’en avez-vous fait ?
Pauvre ange bien-aimé, je t’aime du plus profond de mon âme. Plus je t’aime et plus
je
t’aime. Mon âme se fond en joie quand je te vois, j’ai le cœur plein d’extase et de
ravissement quand j’approche mes lèvres de ta bouche. Mon Toto, mon Toto, je t’aime,
je t’aime.
Quelle bonté ravissante, quelle douceur ineffable que la tienne mon
amour, quelle bonne grâce charmante que celle que tu as mise à faire le petit dessin.
Tu ne te vois pas, mon adoré, tu ne sais pas toi-même combien tu es sublimemente bon, simple et grand dans tout ce
que tu fais. Laisse-moi te dire tout cela, mon bien-aimé. Mon cœur déborde de
tendresse et d’amour, il faut que je l’épanche ou que je meure. Je t’aime.
Claire faitf son petit dessin et le fait bien jusqu’à présent. Ce sera un bon
échantillon pour ce que nous voulons faire plus tard, cet hiver ce sera une occupation
pour moi5. Jour Toto, jour mon petit o. Demain je te nettoieraig
ton gilet et ton pantalon et je te le CORMODERAI. Tu sacazes toutes tes affaires,
aussi ze peuxh bien le dire n’est-ce
pas, puisque c’est vrai. Ze te dirai pas l’âze du capitaine Lambert6, tanpire pour toi.
Arranze-toi, ze vais bêzer mon zardin. Baisez-moi toi, baise-moi, je t’aime.
Juliette
1 À élucider.
2 L’instituteur et sociologue Paul Buessard (1808-18..), auteur de traités d’enseignement, d’un manuel d’instruction élémentaire et de Cours de littérature française biographique et analytique, depuis le Ier siècle de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours, suivi d’une Mnémosyne progressive (Paris, 1845). Le Tome I de La Revue de Paris de 1839 parle de lui en termes très élogieux (p. 283). Manifestement, il travaillait dans le pensionnat de Claire à Saint-Mandé et Juliette a mentionné la veille, avec jubilation, son renvoi imminent.
3 Juliette a déjà réclamé ces statuettes le lundi 23 août au soir, et elle les demandera à nouveau à plusieurs reprises jusqu’au vendredi 10 septembre au soir, jour où il semble que Hugo les lui amènera enfin.
4 Ruy Blas,a été reprise à la Porte-Saint-Martin le mercredi précédent, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt. Ce sera un succès et Juliette a assisté à la première représentation.
5 Claire prend des cours de dessin. Juliette, inquiète depuis quelque temps pour l’avenir de sa fille, envisage peut-être de l’orienter dans cette voie pour sa carrière future. En effet, elle parle à plusieurs reprises de son avenir professionnel dans son pensionnat, puisqu’elle n’a ni la possibilité de garder l’adolescente avec elle, ni les moyens de lui payer d’autres études.
6 Plaisanterie de Victor Hugo à Juliette qui revient à plusieurs reprises aux mois de juillet, août et septembre.
a « fatiguante ».
b « Entr’autres ».
c « gentillesse ».
d « AMUZÉ ».
e « subliment ».
f « fais ».
g « nétoyerai ».
h « peut ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
