« 13 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 143-144], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4319, page consultée le 24 janvier 2026.
13 août [1841], vendredi, midi ½
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon chéri. Apporte-moi ton cher petit bec à
baiser et de la copie pour ma journée. Je suis toute prête, toutes mes affaires sont
faites, je n’ai plus qu’à déjeuner. Je n’ai plus de sirop non plus mais si tu m’en
crois, mon amour, nous n’en achèterons plus1. Je ne crois pas qu’il y ait au
monde une dépense moins utile que celle-là et que je regrette davantage. Cependant
je
ferai ce que tu voudras et c’est pour cela que je t’avertis que je n’en ai plus à
dater d’aujourd’hui.
Je voudrais bien savoir comment a été la représentation
d’hier2 ? Je n’ose pas te
demander de m’y mener ce soir, je te sais trop accablé d’affaires et d’ennuis de
toutes sortes pour y ajouter cette obsession. À preuve que je ne te le demande pas
et
que je n’y compte pas, c’est que je ne me coiffe pas et que je ne m’habille pas. Si
tu
m’apportes à copier je serai la plus heureuse des femmes, si non je raccommoderaia mes zaillons.
Je t’aime, mon
Toto, mais je suis jalouse comme un chien. C’est qu’aussi vous devenez trop coquet
et
que vous êtes toujours de plus en plus beau, ça n’est pas juste3.
Juliette
1 Le docteur Triger lui prescrit des sirops pour ses maux de gorge.
2 Ruy Blas a été repris à la Porte-Saint-Martin le mercredi précédent, le 11 août 1841, avec Frédérick-Lemaître et Raucourt, pour de nombreuses représentations et Juliette a assisté à cette première.
3 Le soin que Hugo apporte à ses tenues vestimentaires évolue considérablement au cours de l’année 1841. Alors qu’avant son élection à l’Académie française il montrait son goût pour les habits rapiécés et les coiffures négligées, la vie mondaine qu’il mène par la suite a sur lui une influence réelle. Juliette déplorera ainsi ses nouvelles habitudes dans sa lettre du 26 décembre 1841. Quant à la remarque sur la beauté « injuste » du poète, elle est l’écho d’un véritable mal être de Juliette en ce qui concerne son propre physique. En effet, en juillet 1840, des daguerréotypes ont été pris du couple et en voyant les siens, atterrée, elle s’est qualifiée de « monstre de laideur ».
a « racommoderai ».
« 13 août 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 145-146], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4319, page consultée le 24 janvier 2026.
13 août [1841], vendredi après-midi, 3 h. ½
Hé bien, je vous attends, mon adoré, c’est peut-être pour cela que vous vous
dépêchez de ne pas venir. Vous êtes un vilain monstre de Toto que je voudrais bien
de
tout mon cœur ne pas aimer si c’était possible. Malheureusement il me serait plus
facile de vivre sans cœur que sans mon amour pour vous, il faut donc que je me résigne
à vous adorer et à enrager jour et nuit.
Il fait bien beau temps aujourd’hui,
mais j’espère que loin de nuire à la recette de ce soir cela la favorisera parce qu’il
ne fait pas trop chaud et qu’il y a beaucoup de gens que la pluie effarouche. Nous
verronsa si mes pronostics sont
bons mais je le désire et je le crois. Demain, jour de sabbat, la recette est sûre à la Porte Saint-Martin. Je ne me suis jamais tant
inquiétéeb de l’argent, mon
adoré, que depuis que je t’aime et que je sais avec quelle peine tu le gagnes et avec
quelle générosité tu le donnes à tousc
ceux qui en ont besoin. Aussi, si cela dépendait de moi tu serais riche, riche, riche
et sans la moindre peine que celle de te promener avec moi partout où il y a du
soleil, la mer, des arbres, des fleurs et des vieilles églises. Hélas ! l’argent me manque et je ne peux que vous aimer à millions et à
milliards comme une pauvre Juju que je suis. Tâchez de venir bientôt.
Juliette
a « verron ».
b « inquiété ».
c « tout ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
