« 25 mars 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 302-303], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8821, page consultée le 25 janvier 2026.
25 mars [1840], mercredi après-midi, 1 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour. C’est aujourd’hui qu’on donne
Marion1 mais tu ne voudrais pas m’y mener ?
C’est très vilain et très méchant. Baisez-moi alors et tâchez de souper avec
moi comme l’autre foisa,
c’est bien le moins que vous me rabibochiez de cette façon de la privation de
ma pauvre Marion. Je vous ai fait de la tisaneb NEUVE, j’ai bu la vieille et je l’ai trouvée très
bonne, quoi quec vous en
disiez, vieux gouillaffe. C’est
aujourd’hui qu’on doit venir pour l’argent de la table qui est tout prêt grâce
à toi, mon pauvre adoré, grâce à tes pauvres yeux, grâce à tes nuits sans
sommeil et sans repos, pauvre petit homme. Je t’aime mon Toto chéri, je t’aime
mon amour, tu es mon sauveur et mon ange, tu es bien plus, tu es mon amant
bien-aimé.
Je vais copier aujourd’hui le voyage d’Avignon2 mais je suis déjà triste de voir le fond de mon
sac et de n’avoir plus rien en PORTEFEUILLE, vous me faites languir après ce
bonheur-là comme après tous les autres, vous ne vous prodiguez en rien qu’en
argent, la seule monnaie dont l’amour ne se paie pas. Enfin vous n’en êtes pas
moins un Toto ravissant et que je voudrais baiser à toute heure du jour et de
la nuit. Je vous aime qu’on vous dit. Baisez-moi, aimez-moi et venez bien
vite.
Juliette
1 Marion de Lorme.
2 Juliette et Hugo ont fait halte à Avignon à la fin du mois de septembre 1839.
a « l’autrefois ».
b « tisanne ».
c « quoique ».
« 25 mars 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 304-305], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8821, page consultée le 25 janvier 2026.
25 mars [1840], mercredi soir, 5 h. ½
Nous voici en fricot et en fricassée, mon amour, mais j’ai le pressentiment que
tout cet aria1 ne
servira à rien qu’à rester au coin de mon feu à vous attendre jusqu’à 1 h. du
matin comme à l’ordinaire. Il est certain que vous n’alliez pas chez vous tout
à l’heure et que ce n’était pas le démon de l’inspiration qui vous faisait
aller dans l’intérieur de la ville sous la neige et en habit ? Quand vous
voudrez me faire accroire cela, vous jettereza encore plus d’huile d’AIX sur votre redingoteb, vous vous lèverez plus
matin et surtout vous ne serez pas aussi bien barbifié, entendez-vous ?
Je ne suis pas très contente de vous et j’ai le cœur plein de soupçons, de
jalousie et de tristesse. Vraiment je ne suis pas heureuse car je ne suis pas
aimée, du moins j’en ai la peur qui me fait presque autant de mal que le mal
lui-même. Je vous conseille d’être bien sincère et bien amoureux ce soir si
vous tenez à dissiper le gros nuage noir amoncelé sur mon pauvre cœur. En
attendant je m’apprête comme si j’étais sûre que vous veniez me chercher tandis
qu’il est probable que vous dînez en ville et que vous avez envoyé votre monde
à Marion2 ce soir. Si cela était vous seriez bien
coupable de vous moquer de moi à ce point et prouverait plus que l’infidélité
la plus consommée que vous ne m’aimez pas et que vous ne m’avez jamais aimé.
Mon Dieu, je souffre mon Toto.
1 Aria : obstacle imprévu, embarras, tracas.
2 Marion de Lorme.
a « jeterez ».
b « redingotte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
