« 21 mars 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 290-291], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8818, page consultée le 01 mai 2026.
21 mars [1840], samedi après-midi, 1 h.
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon Toto, bonjour mon amour. Comment
vas-tu ? Donne-t-on Marion1 ? As-tu une loge ? Et me mèneras-tu ce
soir la voir, la Marion ? Je remarquais hier en
lisant les journaux avec quela
soin délicat ils n’avaient même pas annoncé la représentation d’aujourd’hui. En
vérité ces canailles-là sont aussi stupides que méchantesb pour nuire à cette pauvre
pièce, qui s’en moque, ils s’ôtent de l’argent de leur poche et ils croient
avoir fait merveille, les imbécilesc !!!!!
Je serais bien contrariée si tu ne
pouvais pas donner de loge à Mme Krafft mais je sens que tu ne peux pas en
demander ainsi je ne te tourmenterai pas. Si tu veux me mener voir ma Marion ce
soir je serai très contente, si tu ne veux pas c’est que tu auras tes raisons
pour cela et je ne te tourmenterai pas non plus. Je suis dans une disposition
de cœur et d’esprit pleine de tendresse et de douceur et je ne voudrais pas te
tourmenter pour tout au monde. Comment vas-tu mon petit bien-aimé ? Comment
m’aimes-tu ? Moi je t’aime par dessus toute chose et par dessus mon âme car mon
amour me déborde et retombe sur tout ce que tu aimes, sur tes chers beaux et
bons enfantsd que je voudrais
porter dans mes bras. Mais c’est bien toi, pauvre adoré, que je voudrais
porter, caresser et adorer comme un pauvre ange que tu es. Je t’aime.
Juliette
1 Marion de Lorme.
a « quelle ».
b « méchants ».
c « imbécilles ».
d « enfans ».
« 21 mars 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 292-293], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8818, page consultée le 01 mai 2026.
21 mars [1840], samedi soir, 4 h. ¾
Mon cher petit bien-aimé, je voudrais bien te baiser et te demander en même
temps si nous avons une loge pour ce soir à envoyer enfin à Mme Krafft ? Quant à moi je suis sous les armes dans le cas où tu
serais assez bon pour me mener voir ma ravissante
pièce1. J’espère qu’il fait un beau temps aujourd’hui pour un
jour de printemps ? Voime, voime, cela ne
servira pas beaucoup la recette de ce soir, mais cela viendra fort à propos
confirmer le guignon qui nous accompagne dans toutes espèces de choses.
Je t’aime mon grand Toto, je t’admire mon Victor, je t’adore mon amour.
Qu’est-ce donc qui t’empêche de venir ? À quoi bon demeurer si près l’un de
l’autre si ce n’est pour me donner une minute de chaque heure de la journée qui
s’écoule ? Cela ne ferait pas grand tort à tes affaires et ne te gênerait pas
beaucoup et cela me donnerait une grande joie et un grand courage pour
t’attendre. Comment ne comprends-tu pas ça ? Autrefois je n’avais pas besoin de
te le dire, tu quittais tout pour venir m’embrasser et me serrer la main,
maintenant c’est à grand-peine si je te vois une heure dans toute la journée, y
compris la nuit. C’est bien triste mon Dieu pour moi qui t’aime et qui mets
toute ma joie dans ton regard, tout mon bonheur et toute mon âme dans un
baiser. Cependant je sais que tu es adorablement bon et généreux et je ne veux
pas te tourmenter. Je baise tes chers petits pieds.
1 Il s’agit de Marion de Lorme.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
