« 12 février 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 41], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2271, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 12 février [18]73, mercredi matin, 8 h. ½
J’ai réussi cette fois ! Je t’ai vu d’un bout à l’autre depuis ton combat de coqa contre le vent, jusqu’au bon gros et long
baiser à moi adressé et que j’ai rattrapéb au vol.
Merci, mon adoré bien-aimé, je suis la plus
heureuse des femmes ce matin et la plus comblée de tes générosités, grâce à toi et
grâce à ta grande et sublime Marion1. Je ne sais pas encore ce que je ferai de votre or à tous deux
mais je veux que ce soit étonnant et durable autant que le succès auquel je le dois.
En attendant je suis impatiente de connaître tous les détails de cette splendide et
radieuse soirée. Les télégrammes, même ceux de la hiéroglyphique [illis.] ne me
suffisent pas. Il faut, à ma dévorante et gloutonne admiration pour ce chef-d’œuvre
de
pitié et de pardon pour les pauvres femmes qui aiment jusqu’à en mourir, des
dithyrambes moins succincts et plus bourrés de choses nourrissantes pour l’esprit
et
pour le cœur que cette littérature congottante dont petite Jeanne elle-même
dédaignerait de se servir. Cependant, moi pas ingrate pour li qui donne bonnes
nouvelles, Marion, Grand Papapa, petits blancs
criez : bravos, battez mains, tapez pieds, li fous, li heureux, li sous, li fiche
feu
à salle !
Maintenant c’est autour des civilisés et des raffinés de la plume et de
la presse, du cœur et de l’âme à nous donner le récit exact et dans tous les plus
petits détails des faits et gestes du public et des acteurs pendant cette mémorable
première représentation. Je ne sais pas si tu pourras l’avoir avant demain, j’en
doute, mais j’en ai déjà l’eau à la bouche. J’ai hâte de me ruer sur tous ces comptes
rendus de ton nouveau et triomphant succès que j’avais prédit avec tous ceux qui
t’admirent autant que je t’adore.
1 Marion de Lorme a été repris à la Comédie-Française le 10 février.
a « cocq ».
b « rattrappé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
