« 29 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 211-212], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8766, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 29 novembre 1852, lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon trop aimé petit homme, bonjour. Je suis encore bien plus habile que vous, moi, car je n’ai pas besoin de double verre, de papier, de chimie et de soleil pour vous reproduire sous toutes les formes dans mon cœur. L’amour est un fameux stéréoscope qui fait la nique à toutes les photographies et à tous les daguerréotypes du monde. Il sait aussi, le cas donné, convertir les noirs de la jalousie en confiance blanche et mettre en relief le moindre petit bonheur, la plus petite marque d’amour. Aussi je ne sais pas pourquoi je désire si ardemment multiplier autour de moi vos chères petites images, à moins que ce ne soit pour les comparer avec celles de mon musée intérieur. Quoi qu’il en soit, mon cher petit homme, je vous supplie de m’en donner une le plus tôta possible car je sens que cela me fera un bien vif plaisir. En attendant, mon pauvre grand persécuté, je ne sais pas quellesb sont les terribles épreuves que l’avenir te garde mais je sais que tant que j’aurai un souffle de vie, je l’emploierai à te défendre, à te garder, à te servir. La confiance en mon amour va jusqu’à la superstition, car je suis convaincue que tant que je t’aimerai, rien d’irréparablement mauvais ne peut t’arriver en ce monde. Ce n’est pas orgueil et encore moins fatuité de ma part, c’est une sorte d’intuition pieuse qui me semble venir de Dieu même.
Juliette
a « plutôt ».
b « qu’elles ».
« 29 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 213-214], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8766, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 29 novembre 1852, lundi matin, 11 h.
En voyant alternativement reluire un rayon de soleil et tomber une averse de grêle et de pluie on serait tenté de se croire au mois de mars plutôt qu’au mois de décembre, surtout quand on jette les yeux sur les jardins qui sont verts et exubérants comme au printemps. Quant à moi, mon cher petit homme, hiver ou printemps tout m’est également doux et charmant pourvu que tu sois avec moi et que tu m’aimes. Ce n’est pas une manière de parler c’est la vraie vérité. Je n’espère pourtant pas te voir ce matin car tu travailles. Mais je t’attends de bonne heure et si tu n’es pas trop préoccupé je te prierais de me faire marcher un peu tantôt. Il y a déjà bien longtemps que je ne suis sortie et je sens que j’ai besoin de prendre l’air. En attendant, mon cher petit homme, je vais me dépêcher de copire pour t’engager à m’en donner d’autres. Tu vois l’empressement d’Hetzel il ne faut pas que ce soit moi qui retarde cette impression si désirée1. Aussi je vais m’y mettre d’amour et sans désemparer au moins en tant qu’il dépend de moi et puis je t’aime à deux genoux.
Juliette
1 Négociations de Victor Hugo et Hetzel pour la publication des Châtiments.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
