« 23 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 211-212], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12083, page consultée le 24 janvier 2026.
23 mai [1845], vendredi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher amour bien-aimé, bonjour, mon
Victor charmant, doux ineffable et ravissant, bonjour. Je te dis un
bonjour bien paresseux et cependant je suis levée depuis sept heures et
demie. Mais, de tracasserie en tracasserie, de Sauvageot en Fouyou, j’en suis venue jusqu’à
cette heure-ci sans avoir pu te dire mon petit bonjour quotidien.
La mère Sauvageot est venue m’apporter des torchons et des tabliers de
cuisine que je lui avais fait demander. Je ne l’ai pas payée, quoique
j’eusse là de l’argent, mais tu ne me l’avais pas permis. Elle te fait
offrir de la toile de Hollande à 10 francs 10 sous le mètre pour 7 francs 10 sous. Elle
doit t’en envoyer un échantillon. Tu verras, mon amour, si tu peux, si tu veux
avoir une demi-douzainea de vraies belles chemises de toile fine du prix
de 32 à 33 francs la
pièce. Nous avons calculé avec Eulalie le prix de revient, y compris la façon. Maintenant, en ne faisant que les
devants, les manchettes et le col en toile fine, elles ne reviendraient
guère qu’à 20 francs ou 21 francs, ce qui serait une différence de 10 francs à 11 francs par chemise. Je t’écris tous ces détails fastidieux, mon
adoré, pour t’aider à te rendre compte de la chose dans le cas où il te
conviendrait d’en acheter.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, je vous aime, je vous souris, car je
vous ai vu cette nuit. Je ne suis pas grognon, au contraire, je vous
attends avec joie et bonheur. Venez donc bien vite, mon Toto bien-aimé.
Je suis très gentille, je vous assure et je
vous aime tout plein.
Juliette
a « une demie douzaine ».
« 23 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 213-214], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12083, page consultée le 24 janvier 2026.
23 mai [1845], vendredi soir, 6 h. ½
Je t’aime, mon Victor. Ce petit mot-là est bien gros d’amour puisqu’il
contient toute ma vie, toutes mes pensées et toute mon âme. Je ne t’ai
presque pas vu tantôt, mon Victor chéri, et cependant ce petit moment de
joie a suffi pour égayer et pour dorer toute ma journée en dépit de la
pluie et de la grêle du bon Dieu. Si tu peux venir avant le dîner, je
serai bien heureuse et je pourrai joindre les deux bouts de ma journée
et de ma soirée jusqu’à l’heure où je te verrai cette nuit sans trop
d’efforts et trop d’impatience.
La Sauvageot n’a pas envoyé son échantillon de toile. Pour
peu que tu y tiennesa, je te l’enverrai chercher. Tu me diras cela quand
je te verrai.
Mon Victor bien-aimé, bonjour. Je te souris, je t’aime. J’ai ta petite lettre sur
mon cœur, elle s’y trouve très bien, elle a bien chaud, je lui ai
demandé tout à l’heure. Je la baise tous les soirs avant de la coucher.
J’en ai très soin. Nous sommes très contentes l’une de l’autre. Je ne
sais pas comment je ferai quand il faudra m’en séparer. Je sais bien
qu’elle ne sera pas loin de moi, mais c’est égal, elle ne sera toujours
pas aussi près de mon cœur qu’à présent.
Mon Victor adoré, voici
bientôt sept heures. Est-ce que tu ne viendras pas une petite minute
avant la nuit prochaine ? J’ai pourtant été bien raisonnable et bien sage depuis hier. Il faut me récompenser et
m’encourager dans cette bonne disposition en me récompensant par un
petit morceau de bonheur de temps en temps. Tâche de venir, mon Victor,
je t’en prie, je t’en supplie.
Juliette
a « tu y tienne ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
