« 27 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 247-248], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10779, page consultée le 24 janvier 2026.
27 octobre [1843], vendredi matin, 10 h. ¾
Ceci est le petit gribouillis que je te dois d’avant-hier, mon Toto, je ne suis pas
assez bonne débitrice pour t’en faire tort. Je te le rends sans en rien omettre :
ni
les bêtises, ni les pâtés, ni les ratures, ni les fautes d’orthographea, ni l’amour. Je ne peux, ni ne
veux rien retrancher de ce que je te dois. Prends-en ton parti et accepte le montant
de ma dette sans rien compter, sans rien regarder, les yeux fermés. C’est en général
comme ça que tu devrais faire tous les jours, mon amour, si tu avais quelques égards
pour moi et si tu prenais quelque pitié de tes pauvres yeux. Et à ce sujet je te
demande comment ils vont ce matin et comment va ta gorge ? Voilà un temps qui te
calmera avec la précaution de bonnes bottes. Ta chère petite gorge ira mieux
aujourd’hui je l’espère, mon pauvre petit, et je le désire de tout mon cœur.
Je
suis bien impatiente de te voir pour savoir comment tu vas, pour te remercier de ta
bonté d’hier, pour regarder ensemble tes petits arrangements et pour te baiser depuis
les pieds jusqu’à la tête. Tâche de venir dans la journée si tu n’as pas d’affaire
trop pressante. Tu n’as pas encore vu le petit cul-de-lampe au jour, c’est charmant.
Il faut venir mon Toto chéri. Tu sais que j’ai besoin de tout voir et de tout admirer
par tes beaux yeux.
Tu n’as pas d’Académie aujourd’hui, tes ouvriers doivent
avoir fini ou en être bien près. Tâche de t’échapper un moment, mon cher adoré, tu
me
combleras de joie. En attendant, je t’aime, je prie le bon Dieu pour toi et et pour
tous ceux que tu aimes. Je te désire et je t’adore.Je voudrais baiser toute ta
ravissante petite personne depuis les pieds jusqu’à la tête. Je voudrais te prendre
dans mes bras et t’emporter dans le ciel.
Juliette
a « orthographes ».
« 27 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 251-252], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10779, page consultée le 24 janvier 2026.
27 octobre [1843], vendredi soir, 9 h. ¼
Tu es mille fois bon et charmant, mon Toto bien-aimé, et je le sens au-delà de tout
ce que tu peux souhaiter. Je cache souvent l’excès de mon adoration pour toute ta
ravissante petite personne sous des dehors peu gracieux, je le sais, mais tu ne peux
pas t’y tromper, n’est-ce pas mon beau bien-aimé ? N’est-ce pas qu’à travers toutes
ces grogneries, sans fiel et sans mauvaise humeur, tu retrouves l’amour tendre et
passionné de ta pauvre Juju ? N’est-ce pas mon
bien-aimé que tu ne te méprends pas sur ces faux semblants de mouzonneriesa qui ne sont qu’à la surface et
pour voiler tout ce que mon amour a de trop excessif ? N’est-ce pas, n’est-ce pas
mon
adoré que tu vois clair dans mon cœur comme s’il battait dans ta poitrine ? Si je
pouvais penser que cette brusquerie, qui est le fond de ma nature physique, peut te
donner le change sur mon amour, je la réformerais à l’instant, dussé-je en mourir.
Je
veux que tu saches bien que je t’aime afin de m’aimer un peu en retour. J’ai besoin
de
ton amour pour être heureuse. J’ai besoin de ton amour pour vivre. Il faut que je
t’aime et il faut que tu m’aimes comme il faut que je respire.
J’ai dérangé les
petits dessins en voulant faire la couverture. Cela te donnera la peine de les
replacer et j’en suis bien fâchée. Je m’en veux de ma maladresse, mon pauvre petit
bien-aimé et je me donnerais de grands coups si j’osais pour me punir de ma stupidité.
J’ai présenté Notre-Dame de la Garde, mais elle est beaucoup trop haute et trop large
pour la vitre. L’Empereur d’Autriche serait juste la mesure mais je trouve, comme
toi,
que cela ne va pas avec les dessins originaux. Je rengaine donc ma gravure jusqu’à
nouvel ordre et jusqu’à de nouveaux dessins de mon grand ARTISTE Toto.
Dépêche-toi de venir mon Toto chéri pour que j’aie toutes les joies à la fois : celle
de te voir, de voir mes belles images encadrées et celle, par-dessus toutes, de
t’avoir un peu plus longtemps. Voici déjà qu’il est plus de neuf heures et demie.
Dépêche-toi, dépêche-toi bien vite mon Toto, je suis très pressée.
Jour Toto, jour mon cher petit o ? Je vous aime. Baisez-moi, je n’ose pas dire la chose dans toute son acception
parce que vous n’entendez par de cette oreille-là et que l’autre est bouchée avec
du
coton. Mais je me permets de la désirer au risque de vous très fort scandaliser.
Juliette
a « mougoneries ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
